Artisti Barovier, important vase mosaïqué (détail), Italie, 1918-19, image ©Wright

Le membre le plus ancien de la famille Barovier est Jacobello, né vers 1295. Ses deux fils, Antonio et Bartolomeo, sont mentionnés dans des documents en qualité de verriers dès 1348, une occupation que la famille fera perdurer des siècles durant.

L’histoire de la famille Barovier, ainsi que sa contribution au monde de la verrerie jusqu’à nos jours, ne peut être comprise qu’en mentionnant la situation complexe de Venise au XIXe siècle. De 1814 à 1866, la Cité des Doges était sous l’occupation de l’Empire austro-hongrois, qui s’est appliqué à faire cesser la production de verre sur l’île de Murano, manquant de jeter plusieurs millénaires de savoir-faire aux oubliettes.

Après sa libération, Venise est réattribuée au royaume italien, et l’artisanat du verre de Murano renaît peu à peu de ses cendres, notamment grâce à la contribution de Dottore Antonio Salviati, un avocat originaire de Vicenza. Son activité en tant que nouveau maître verrier devient l’épicentre de la production de l’île. Salviati et ses partenaires encouragent fortement les meilleurs verriers à redécouvrir les techniques oubliées. Les frères Benedetto, Benvenuto et Giuseppe Barovier se retrouvent donc à travailler pour Salviati aux côtés de leur père, et c’est le jeune Giuseppe, qui avec son esthétique et sa technique hors-pair, se distinguera rapidement des autres.

En 1896, les trois frères quittent Salviati afin d’ouvrir leur propre enseigne : Artisti Barovier. Giuseppe est dès lors considéré comme le plus grand maître verrier de Murano, pour capacité à travailler le verre dans tous les styles avec une virtuosité extrême, et pour sa maîtrise de la Murine (ou verre mosaïqué). Les frères n’ont eu de cesse d’explorer et de produire des œuvres en mosaïques de plus en plus vives, si bien que même à l’éclatement de l’Art Nouveau, leur style parvient à se répandre à l’international.

Giuseppe Barovier à la Mostra dei Fiori, 1914, image ©Wright Giuseppe Barovier à la Mostra dei Fiori, 1914, image ©Wright

Après la Première Guerre mondiale, c’est au tour de Nicolò et Ercole, les fils de Benedetto, de reprendre le flambeau et en 1919, la compagnie est renommée Artistica Barovier.

Ercole, qui n’aspirait pourtant pas à devenir maître verrier, se décide à rejoindre la firme en 1919 et devient directeur artistique en 1926, à 30 ans. Il se distingue comme un créateur ingénieux et innovant, et suite à une expérience (ou d’un accident) en 1929, signe la série qui lui vaudra sa notoriété : la série Primavera. Les pièces du corpus sont composées de parois épaisses et transparentes, laissant apparaître un réseau de petites bulles et de craquelures s’étendant sur toute la surface. À ce jour, la compagnie n’a jamais réussi à reproduire cette technique énigmatique, rendant chacune des œuvres de la série extrêmement rare et précieuse.

Nicolò, quant à lui, fait perdurer le travail de son père et de son oncle en réalisant des Murine tout à fait extraordinaires. La technique de création se fait en fournaise et nécessite plusieurs étapes complexes, ainsi qu’un long travail de coordination. Nicolò opère avec une sensibilité moderne, ses œuvres comportent des couleurs brillantes et lumineuses, tandis que les motifs floraux sont représentés de manière extrêmement expressionniste. Ses vases ont été produits en nombre très limité et sont considérés comme de véritables chefs-d’œuvre.

Aujourd’hui Barovier & Toso, la firme continue sa production tout en conservant le savoir-faire et les traditions familiales. Les œuvres des anciens restent des références ultimes, des témoins de la contribution apportée à la discipline par la famille maîtresse du verre de Murano, et se vendent pour plusieurs milliers.

Tous les vases illustrés dans cet article seront vendus aux enchères le 24 janvier chez Wright.

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