Vincent van Gogh, l’un des artistes les plus célèbres et les plus cotés du marché, n'a vendu qu'un seul tableau de son vivant, avant de décéder à l'âge de 37 ans. Grâce aux progrès technologiques et à la connaissance accrue des historiens, Bouquets de coquelicots, une œuvre entrée dans la collection du Wadsworth Atheneum à Hartford (Connecticut) en 1957, a finalement été authentifiée par les experts comme un véritable Van Gogh, après plusieurs décennies de spéculations. 

Vincent Van Gogh, Bouquet de coquelicots, 1886, image ©Musée Wadsworth Atheneum Vincent Van Gogh, Bouquet de coquelicots, 1886, image ©Musée Wadsworth Atheneum

En 1990, l’historien de l’art allemand Walter Feilchenfeldt avait jeté la première pierre en remettant en cause l’authenticité de l’œuvre, qui est alors retirée du musée. Bien que l’authentification ait été proposée par la suite, elle n'a jamais été confirmée. Cette année, un groupe d'experts du musée Van Gogh d'Amsterdam s’est penché sur le cas de la toile, et suite à des séries de tests, de recherches, d’études comparatives et de radiographies, a confirmé le coup de pinceau du maître flamand. 

La grande salle du Wadsworth Atheneum, image ©Smith Edwards McCoy via Observer La grande salle du Wadsworth Atheneum, image ©Smith Edwards McCoy via Observer

Louis van Tilborgh, chercheur au musée Van Gogh, a déclaré dans un communiqué : « Ce fut un plaisir pour nous de travailler avec le Wadsworth Atheneum sur ce projet spécial. Lorsque, en 1970, le catalogue raisonné de Van Gogh de J-B. de la Faille est publié, beaucoup l’ont vu comme un simple « compte-rendu ». Comme l’a dit un jour l'éminent historien de l'art Ronald Pickvance, le catalogue contenait trop « d’incertitudes », en termes de datation et d'authenticité, pour admettre qu'une œuvre ferme, sans équivoque et authentique avait été établie. Aujourd'hui, presque cinquante ans plus tard, on peut dire que lentement mais sûrement, les études sur l’œuvre de Van Gogh ont considérablement progressé. Certaines de ces « incertitudes » étaient relatives à des tableaux qui se sont avérés fermement ancrés dans l’œuvre de Van Gogh, et Bouquet de coquelicots, je suis heureux de l’annoncer, est l’un d’entre eux »

Radiographie du vase aux coquelicots, image ©Laboratoire de conservation du musée Wadsworth Atheneum Radiographie du vase aux coquelicots, image ©Laboratoire de conservation du musée Wadsworth Atheneum

Selon l’équipe du musée Van Gogh, Bouquet de coquelicots aurait été exposé au révolutionnaire Armory Show de 1913, l’évènement qui a, entre autres, introduit l'art moderne au public américain. Les chercheurs ont également pu déceler, lors d’examens radiographiques, le contour d'un autoportrait similaire à la silhouette de Van Gogh, dissimulé sous les premières couches de peinture.  

Des recherches approfondies sur la vie de l’artiste sont venues appuyer la théorie des experts favorables à l’authentification. Au printemps 1886, Van Gogh quitte les Pays-Bas pour s'installer à Paris avec son frère, Theo. Un changement de décor qui se répercute sur son travail : il se met à peindre des natures mortes de fleurs, sa palette devient vibrante, et ses contrastes dramatiques. Il analyse les arrangements floraux des artistes japonais inscrits dans le courant ukiyo-e, et se met en quête de « nuances intenses » dans sa peinture. 

Vincent Van Gogh, Fleurs de pavot, 1887, huile sur toile, image via Wikipedia Vincent Van Gogh, Fleurs de pavot, 1887, huile sur toile, image via Wikipedia

L’œuvre Fleurs de pavot, exécutée à Paris en 1887, fait partie des natures mortes florales les plus connues de l’œuvre de Van Gogh. Dérobée au Caire en 2010, l’huile sur toile n'a pas encore été retrouvée. L'artiste a vécu à Paris jusqu'en 1888, avant de déménager à Arles pour des raisons de santé. L’autoportrait présent dans la collection du Wadsworth Atheneum a également été réalisé pendant son séjour à Paris.

Vincent Van Gogh, Autoportrait, 1887, huile sur toile, image ©Musée Wadsworth Atheneum via Wikimedia Commons Vincent Van Gogh, Autoportrait, 1887, huile sur toile, image ©Musée Wadsworth Atheneum via Wikimedia Commons

Thomas J. Loughman, directeur et PDG du Wadsworth, a déclaré : « Ces études ont révélé à quel point il nous reste encore beaucoup à apprendre sur Vincent et son cheminement artistique, alors qu'il était nouveau dans la ville de Paris, explorant de nouveaux horizons pour son art. » Le musée exposera l'œuvre fin avril pendant six mois, avant de l'envoyer à Potsdam, en Allemagne, où elle sera incluse dans l'exposition Van Gogh : Still Lifes du musée de Barberini du 26 octobre 2019 au 2 février 2020.

Vincent Van Gogh, Nature morte avec des fruits et des châtaignes, 1886, image via RTL.fr
Vincent Van Gogh, Nature morte avec des fruits et des châtaignes, 1886, image via RTL.fr

Cette découverte fait écho à la très récente authentification de Nature morte avec des fruits et des châtaignes, également achevée en 1886. L’œuvre avait été offerte en 1960 par des particuliers au Fine Arts Museums de San Francisco. Les examens, menés par le Musée Van Gogh en février dernier, ont révélé le portrait d’une femme sous la peinture, une pratique courante chez Van Gogh qui, faute de moyens, repeignait sur ses anciennes compositions. 

La chambre de Van Gogh au 87 Hackford Road, Londres avant la rénovation, image ©Martin Bailey via The Art Newspaper
La chambre de Van Gogh au 87 Hackford Road, Londres avant la rénovation, image ©Martin Bailey via The Art Newspaper

Ces deux attributions précèdent une troisième découverte : lors de la rénovation de leur nouvelle maison londonienne, le couple Jian Wang et Alice Childs ont mis la main sur une mine de documents et d'aquarelles signés par l’artiste, dissimulés sous le plancher. L’habitation victorienne a abrité Vincent Van Gogh de 1873 à 1974, et les documents ont été soumis à des conservateurs pour analyse.

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