Archives François Bazin, image ©Fbazin.com Archives François Bazin, image ©Fbazin.com

L’œuvre de François Bazin, c’est un mariage brillant entre l’art et la mécanique. Né en 1897, il grandit dans une famille créative et s’intéresse très vite à l’art. Son parcours se poursuit dans cette voie et son univers plastique se développe davantage lorsqu’il étudie aux Beaux-Arts de Paris, avant d’être mobilisé dans l’aviation durant la Première Guerre mondiale.

Une rencontre décisive

Alors qu’il exerce dans l’aviation en tant que pilote, il est aux commandes d’un Spad au moteur très réputé, un « V8 Hispano Suiza » (marque espagnole d’automobile et d’équipement aéronautique). Il rencontre Marc Birkigt, ingénieur suisse fondateur de la marque, et entame une collaboration qui va dessiner le reste de sa carrière.

Archives François Bazin, papiers officiels de la Fédération Aéronautique Internationale, image ©FBanzin.com Archives François Bazin, papiers officiels de la Fédération Aéronautique Internationale, image ©FBanzin.com

La première mascotte

Marc Birkigt souhaite rendre hommage à l’aviateur Georges Guynemer, décédé alors qu’il n’avait que 22 ans et qui a survécu à pas moins de 7 crashs d’avion au cours de sa carrière. François Bazin s’attèle à la réalisation d’une œuvre en mesure d’honorer parfaitement la mémoire du héros disparu. Il crée une mascotte pour l’escadrille de l’aviateur, la célèbre cigogne, aujourd’hui incontestablement associée à la marque Hispano Suiza. La petite sculpture devient l’ornement frontal officiel des automobiles de la marque espagnole. La pièce est également déclinée en plusieurs versions, dont une éditée spécialement pour l’automobile de René Lacoste (ambassadeur de la marque), où la cigogne tient une balle de tennis dans son bec.

Détail mascotte, François Bazin, image ©FBazin Détail mascotte cigogne, François Bazin, image ©FBazin

Côté enchères, on trouve plusieurs exemples de cigognes adjugées à des prix remarquables. Comme ce modèle en bronze argenté de style Art déco datant de 1930 (circa). Il porte la signature « F. Bazin » et tient le prix record pour une cigogne de Bazin sur la base de données Barnebys. Avec une estimation surpassée de près de 2 000 euros, l’objet atteint les 5 300 euros lors d’une vente chez Christie’s en 2016.

Cigogne pour Hispano Suiza en bronze argentée, image ©Christie's Cigogne pour Hispano Suiza en bronze argentée, image ©Christie's

Un autre exemplaire au prix tout aussi remarquable trouve acquéreur en 2016 chez Sotheby’s pour 4 900 euros. C’est un modèle en bronze à patine datant des débuts de François Bazin qui repose sur une base en marbre, elle-même signée par la fonderie H. Bouard Foundux.

Cigogne en bronze pour Hispano Suiza, image ©Sotheby's Cigogne en bronze pour Hispano Suiza, image ©Sotheby's

Un style affirmé

Une fois son amour pour le monde mécanique déclaré, le sculpteur ne s’arrête pas là et confectionne plus de 70 mascottes différentes, tantôt sous commandes de particuliers, tantôt pour des marques. Son incroyable capacité à combiner les courbes et les traits anguleux donne à ses créations un style Art déco très prononcé, comme le démontrent les œuvres « Éléphant-Latil », « Pégase », ou encore « Triomphe », mascotte des automobiles Isotta Fraschini.

Élépahant-Latil en métal nickelé, adgugé par Artcurial pour 909 euros, image ©Artcurial Mascotte Éléphant-Latil en métal nickelé, adjugée par Artcurial pour 909 euros, image ©Artcurial

Pégase, en bronze argenté, adjugé chez Artcurial pour 780 euros Mascotte Pégase, en bronze argenté, adjugée chez Artcurial pour 780 euros

Mascotte Triomphe, adoptée par les automobiles Isotta Fraschini, adjugée par Artcurial pour 1 430 euros, image ©Artcurial

La Croisière Noire

En 1919, un dénommé André Citroën ouvre son enseigne et révolutionne le monde de l’automobile, pour venir se placer deuxième constructeur mondial 10 ans plus tard. L’arrivée de Citroën sur le marché bouscule les codes et en particulier la manière de promouvoir les produits automobiles. En 1924, André Citroën lance la Croisière Noire, une expédition à fin promotionnelle, mais aussi culturelle et politique, organisée sur le continent africain. Elle se déroule du 28 octobre 1924 au 26 juin 1925.

Nobosudru, favorite du chef de la tribu Mangbetu, image ©FBazin Nobosudru, favorite du chef de la tribu Mangbetu, image ©FBazin

François Bazin est contacté par la firme automobile et prend le projet à cœur. Il crée pour l’occasion une mascotte à l’image de la belle Nobosudru, la favorite de la tribu Mangbetu, femme à la posture gracieuse et à la coiffe extraordinaire. Elle dresse son menton vers le haut, arbore un visage souriant et apaisé, tandis que sa coiffe circulaire s’étend vers l’arrière. On retrouve une nouvelle fois le style Art déco avec des rondeurs aux arêtes nettes et des formes géométriques prédominantes.

La mascotte de la Croisière Noire tient la première place sur la base de données Barnebys avec un prix record de 5 850 euros, contre une estimation entre 700 et 1 000 euros. Le modèle signé « CIE coloniale » reposant sur un socle en bois est vendu par Artcurial en février 2016.

Mascotte de la Croisière Noire, à l'effigie de Nobosudru, image ©Artcurial

Une descendance assurée

Aujourd’hui c’est Julie Bazin, la petite-fille du sculpteur, qui veille sur son patrimoine et a décidé de remettre la griffe Bazin au goût du jour en relançant la production. Elle souhaite lancer une ligne de sculptures en bronze reprenant les célèbres mascottes, réalisées par des fonderies d’art parisiennes certifiées « Entreprises du Patrimoine Vivant ».

Sculptures par Julie Bazin, image via ClassicDriver Sculptures par Julie Bazin, image via ClassicDriver

Sculptures par Julie Bazin, image via ClassicDriver Sculptures par Julie Bazin, image via ClassicDriver

Le projet d’une ligne de bijoux se dessine également. De quoi raviver la nostalgie des fans d’automobile, affoler les amateurs d’art et toucher un public féminin. Faire d’une pierre « trois » coups, c’est possible ?

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