Aston Martin, luxe, race et vélocité

Jalonnée de faillites et de sauvetages in extremis par de richissimes passionnés de mécanique ou des groupes automobiles industriels, l’histoire d’Aston Martin se confond avec la légende.

Le logo ailé d'Aston Martin inspiré du Dieu égyptien Khepri et symbole de la renaissance
Le logo ailé d'Aston Martin inspiré du Dieu égyptien Khepri et symbole de la renaissance

La saga des James Bond a largement contribué à faire de la marque anglaise fondée au début du XXesiècle, et tout particulièrement de son modèle DB5 produit à partir des années 1960, un véritable mythe, pour lequel les collectionneurs sont aujourd’hui prêts à débourser près de 20 millions d’euros...

Signe des temps, Daniel Craig, dernier James Bond en date, rangé des voitures et de la saga des 007 après le 24e opus Spectre (son quatrième personnel), a récemment mis en vente chez Christie’s New-York sa Vanquish 2014, un bolide rutilant immatriculé comme il se doit par son code secret et spécialement conçu pour récompenser les bons et loyaux services de l’acteur à l’occasion du centenaire de la marque Aston Martin. Le demi-million de dollars récolté doit servir à financer les études et les projets de jeunes défavorisés sous l’égide de la plate-forme internationale de mise en relation Opportunity Network.

Aston Martin Vanquish DB10 « Spectre », image ©Christie’sAston Martin Vanquish DB10 « Spectre », image ©Christie’s

Les étudiants ont certes de quoi voir venir, même si cette vente n’est en rien comparable avec celle réalisée à Londres en 2010 dans le cadre de l’Automobiles RM Auctions de Sotheby’s : l’une des deux DB5 utilisées dans le film Goldfinger avait alors changé de propriétaire pour 2,6 millions de livres…On l’aura compris, James Bond est assurément le VRP le plus efficace de l’écurie anglaise et a largement contribué à « populariser », dès les années 1960, ses luxueuses voitures taillées pour l’aventure et les courses de vitesse. Bien que le record de la marque, établi en août 2018 dans le comté de Monterey, Californie, à 18,5 millions d’euros, concerne un prototype DP215 Grand Touring passé par les 24 Heures du Mans en 1963, le charisme indémodable d’Aston Martin doit beaucoup à un agent secret, fût-il de pure fiction.

Aston Martin DB5 de 1963 dans « Goldfinger »Aston Martin DB5 de 1963 dans « Goldfinger »

 Maître-« chanteur »…

Tout commence en 1913 avec Lionel Martin. Associé depuis déjà cinq ans à son ami Robert Bamford dans un atelier de réparation du quartier londonien de Kensington, ce passionné de mécanique et pionnier de l’automobile devient cette année-là concessionnaire de la marque Singer Motors, en charge de préparer une version sportive du fameux Singer Ten. Destiné à concurrencer les Bugatti, qui règnent alors en maître sur la compétition, le prototype réalisé par les deux hommes à partir d’un châssis Isotta Franschini, propulsé par un moteur de 70 chevaux Climax de chez Coventry, remporte contre toute attente la course de côte d’Aston-Clinton, dans le Berkshire.

Portrait de Lionel Martin, co-fondateur de la compagnie aujourd'hui connue sous le nom d'Aston MartinPortrait de Lionel Martin, co-fondateur de la compagnie aujourd'hui connue sous le nom d'Aston Martin

Ce succès inattendu précipite, l’année suivante, la création de la société et de la marque Aston Marin, sous laquelle ledit prototype, baptisé « Coal Scuttle » (Seau à charbon) est commercialisé. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’entreprise est en faillite, mais sauvée par le richissime comte d’origine polonaise Louis Zborowski, lui-même pilote et propriétaire de sa propre écurie du côté de Coventry. Malgré le retrait de Bamford, Lionel Martin va désormais pouvoir produire lui-même ses moteurs et châssis, et, en 1922,  l’Aston Martin Bunny établit dix records du monde de vitesse et d’endurance, avec notamment une moyenne de plus de 125 km/h pendant seize heures et trente minutes sur le circuit de Brooklands. L’écurie se lance dans la compétition le 15 juillet 1922 au Grand Prix de l’Automobile Club de France, à Strasbourg.

Louis Zborowski dans une Aston Martin de 1922Louis Zborowski dans une Aston Martin de 1922

Comte et mécomptes

Si les résultats sportifs sont encourageants, le succès commercial de modèles en série souffre de retard à l’allumage, avec seulement 50 voitures vendues entre 1921 et 1925. Le comte Zbrowski retire ses billes et ses fonds de roulement – il se tuera au volant d’un Mercedes lors du Grand Prix d’Italie de 1924. De nouveau en faillite, la marque est rachetée en 1925 par la famille Benson, qui maintient Lionel Martin aux commandes. Un sursis de courte durée : l’année suivante, le fondateur est débarqué dans le cadre d’une liquidation judiciaire à l’issue de laquelle Aston Martin passe entre les mains de l’ingénieur et pilote italien Augusto César Bertelli et ses nobles associés britanniques. Bertelli devient directeur technique d’Aston Martin Motors Ltd, alors installé à Feltham, dans le Grand Londres, après qu’une nouvelle faillite intervient en 1932, nécessitant l’intervention de l’armateur Arthur Sutherland.

Augusto César Bertelli, image via Wikipedia Augusto César Bertelli, image via Wikipedia

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L’âge d’or

Sous sa houlette, et celle de son fils placé à la direction de la société, une quinzaine d’années de relative stabilité financière s’ensuit, assortie de performances techniques et sportives que le monde de l’automobile ne peut que saluer. Mais, en 1947, confrontée à de nouvelles, quoique récurrentes, difficultés de trésorerie, la marque passe dans le giron de l’industriel David Brown, qui la fusionne avec Langonda, autre marque britannique d’automobile de luxe, reprise par son groupe la même année. De l’usine, transférée à Newport Pagnell, vont sortir sous sa direction les modèles DB et leurs multiples déclinaisons qui enchaîneront les victoires et assoiront la renommée de l’entreprise au milieu des années 1950.

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Après une première place aux 24 Heures de Spa en 1948, la marque remporte le RAC Rally (rallye de Grande-Bretagne) sur DB2 en 1956, puis trois fois de suite les 1 000 km du Nürburgring, en Allemagne, avec ses DBR, ainsi que les 24 Heures du Mans en 1959… C’est aussi sous l’ère David Brown que sont produites, à partir de 1959, la DB4 et la DB5 dont la saga James Bond va assurer à douze reprises (en comptant la Vanquish de Meurs un autre jour, sorti en 2002) la pétaradante promotion. Et réciproquement… Parallèlement à ses voitures de sport et de Grand-Tourisme, Aston Martin développe des prototypes pour la Formule 1, mais ses incursions sur les circuits en 1956 et 1959 ne rencontrent pas le succès escompté.

Sean Connery aux côtés de l'Aston Martin DB5Sean Connery aux côtés de l'Aston Martin DB5

Une marque « bankable »

Aston Martin passe sous le contrôle d’investisseurs américains en 1972, puis sous celui d’armateurs grecs au milieu des années 1980 et, enfin, sous celui du géant américain Ford en 1993. Couronnée de succès commerciaux, la production de la DBS V8, du cabriolet Volante, de la Vantage ou encore de la DB7 rythme la fin du XXesiècle et le début du suivant pour la marque britannique, à la fois légendaire, vintage et à la pointe de la technologie. En 2004, l’écurie de course automobile Aston Martin Racing est créée avec le préparateur Provide.

Le logo ailé d'Aston Martin inspiré du Dieu égyptien Khepri et symbole de la renaissanceLe logo ailé d'Aston Martin inspiré du Dieu égyptien Khepri et symbole de la renaissance

Depuis 2007, Aston Martin, dont le siège social est basé à Gaydon, dans le Warwickshire, appartient à un consortium d’investissement au sein duquel on trouve notamment David Richards, fondateur de Provide, le banquier américain John Sinders et deux sociétés koweitiennes. Son entrée à la bourse de Londres, en octobre 2018, a reçu un « accueil mitigé » selon les spécialistes de la City. Mais l’emblème ailé de la marque, inspiré du dieu égyptien Khépri, n’est-il pas le symbole d’une perpétuelle renaissance ?

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