Henri Matisse photographié par Brassai Henri Matisse photographié par Brassai

Matisse, lui, ne jurait que par Cézanne et la simplification. Une recette à succès qui a fait de lui un peintre et un sculpteur français parmi les mieux cotés, avec un prix moyen au marteau à 3,2 millions d’euros et un record établi en 2018 à 80 750 000 dollars pour « Odalisque couchée aux magnolias » de 1923.

Appendicite

Aux artistes sied l’alitement. Avant Andy Warhol et sa chorée de Sydenham, avant Jean-Michel Basquiat et son ablation de la rate, il y eut Henri Matisse et son appendicite qui, alors qu’il n’a que 20 ans, l’oblige à garder la chambre pendant plusieurs semaines.

Henri Matisse dans son studio en 1939, image via Flickr Henri Matisse dans son studio en 1939, image via Flickr

À l’initiative de sa mère et d’un voisin, Paul Bouvier, tous deux peintres amateurs, il s’initie à la peinture durant sa convalescence et, à nouveau sur pieds, il s’inscrit à l’école de Quentin-de-La-Tour, tout en reprenant son travail de clerc dans une étude de notaire de Saint-Quentin, commune près de laquelle sa famille, d’abord installée à Cateau-Cambrésis, a déménagé après la guerre de 1870.

Apprentissages et influences

C’est à Paris qu’il va parfaire son éducation artistique, d’abord à l’école des arts décoratifs en 1892, où il fait la connaissance du peintre postimpressionniste bordelais Albert Marquet, puis, à partir de 1895, à l’École des Beaux-Arts, dans l’atelier de Gustave Moreau, dont l’influence sera prépondérante, en particulier dans sa manière de « penser » la peinture et de tendre vers la simplification. Le programme de toute une vie.

Matisse expose pour la première fois (essentiellement des natures mortes de facture encore classique) en 1896 au Salon des Cent, puis à celui de la Société des beaux-arts, dont il est devenu membre par cooptation. Cette année-là, il rencontre le sculpteur Auguste Rodin et Camille Pissarro lors d’un séjour à Belle-Île-en-Mer, et, au contact de celui-ci, commence à s’intéresser à l’impressionnisme.

Henri Matisse, « Belle-Île », 1896, image ©Musée des Beaux-Arts de Bordeaux Henri Matisse, « Belle-Île », 1896, image ©Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

Avec Marquet, il gagne à cette époque tant bien que mal sa vie dans la peinture décorative, notamment pour les théâtres. Henri est déjà le père d’une fille, Marguerite, née en 1894 de sa relation avec l’une de ses modèles, et s’apprête à épouser Amélie Parayre, avec qui il aura deux autres enfants, Jean et Pierre, avant la fin du siècle.

Henri Matisse, « Portrait de Madame Matisse à la raie verte », 1905, image ©Statens Museum for Kunst Henri Matisse, « Portrait de Madame Matisse à la raie verte », 1905, image ©Statens Museum for Kunst

La famille réside d’abord à Toulouse, près des parents d’Amélie. À la faveur du voyage de noces du couple à Londres, Matisse découvre le travail de William Turner qui inspirera plusieurs de ses toiles, réalisées en Corse où le peintre s’installe au début du XXesiècle avec femme et enfants.

La sculpture l’intéresse aussi et, sous la direction d’Antoine Bourdelle, il travaille le modelage à l’Académie de la Grande Chaumière, qu’il fréquente parallèlement à l’atelier d’Eugène Carrière, où il fait la connaissance d’André Derain, puis de Maurice de Vlaminck. Les fauves s’apprêtent à rugir ensemble.

Henri Matisse, « Nu Bleu II », image via art.co.uk

Les années fauves

Au Salon d’automne de 1905, Matisse et ses camarades défrayent la chronique avec les aplats de couleurs pures et criardes qui recouvrent leurs toiles. Un critique parlera de « cage aux fauves » pour désigner le salon cette année-là. Le fauvisme vient de naître, et Henri Matisse devient le chef de la harde, endossant le rôle de théoricien d’un mouvement qui, même de courte durée (1905-1910), va révolutionner la peinture en libérant la couleur et aura des répercussions jusqu’au Japon.

Henri Matisse, « La femme au chapeau », 1905, (le modèle est la femme de l'artiste, Amélie), image via Wikipédia Henri Matisse, « La femme au chapeau », 1905, (le modèle est la femme de l'artiste, Amélie), image via Wikipédia

Peu après, Matisse rencontre les collectionneurs Gertrude et Leo Stein qui lui achètent « La Femme au chapeau », un portrait de sa femme exposé dans la « cage aux fauves », et lui présentent Picasso, avec lequel il entretiendra une relation « professionnelle » et non dénuée de rivalité. Ses œuvres sont exposées à Moscou, Berlin, Munich et Londres, et même à New-York en 1913, aux côtés de celle de Duchamp et Picabia, à titre de représentations de ce qui se fait de plus moderne dans l’art à la veille de la Première Guerre mondiale.

La reconnaissance

À cette époque, Matisse voyage beaucoup, notamment en Andalousie et au Maghreb, des régions qui vont marquer ses travaux ultérieurs par une nouvelle approche de la couleur et le développement des arabesques.

À partir de 1908, il enseigne également dans son académie libre, ouverte au Couvent des oiseaux, à Paris. Le fauve est sorti de sa cage et, après la Grande Guerre, c’est à Nice et sur la Côte d’Azur qu’il va réaliser l’essentiel de son œuvre, en peintre établi et consacré. Il y rencontre Renoir, y travaille sur des costumes et décors de ballets que lui ont commandés Stravinski et Diaghilev et se consacre, à partir de 1924, à la sculpture, notamment à une série de grands nus.

Henri Matisse, « Nu de dos, 4 états (Back IV) », classée comme la dixième sculpture la plus chère au monde, image ©Christie's Henri Matisse, « Nu de dos, 4 états (Back IV) », classée comme la dixième sculpture la plus chère au monde, image ©Christie's

En 1925, Matisse est fait chevalier de la Légion d’honneuret, deux ans plus tard, il reçoit le Prix Carnegie à Pittsburgh. Il séjourne régulièrement aux États-Unis où résident nombre de ses collectionneurs et où son fils Pierre a ouvert une galerie, à New-York.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il se sépare d’Amélie qui, avec sa fille Marguerite, s’illustrera dans la résistance à l’envahisseur nazi. En 1941, on l’opère d’un cancer du côlon. Contraint au port d’un corset de fer, ses médecins ne lui accordent alors que six mois à vivre…

Henri Matisse, image via henrimatisseenhetfauvisme.weebly.com

Henri Matisse meurt le 3 novembre 1954 à Nice, non sans avoir représenté la France à la XXVe Biennale de Venise, à l’âge de 81 ans, et pris part à l’inauguration du musée qui lui est consacré à Cateau-Cambrésis deux ans auparavant. Un autre musée Matisse ouvrira ses portes dans la ville où il est enterré moins de dix ans plus tard.

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