René Magritte. Image via visitflanders.com

René Magritte est né en 1922, quand bien même son état civil affirmerait le contraire. À 24 ans, il découvre une reproduction du « Chant d’amour » de Giorgio De Chirico par le truchement d’amis mal intentionnés, Marcel Lecomte et E.L.T. Mesens, qui trempent déjà dans le surréalisme jusqu’au cou. « Mes yeux ont vu la pensée pour la première fois », explique le jeune artiste qui, avant cette expérience décisive, s’était surtout illustré dans la peinture décorative et la création d’affiches publicitaires, deux activités qu’il exerce plus pour ronger son frein que par nécessité. En effet, les « affaires » tous azimuts de son père lui assuraient une existence bourgeoise, dont il ne se départira jamais vraiment. Le port du chapeau melon faisant foi…

Nuages

Pour autant, difficile de parler dans le cas de Magritte d’une enfance sans nuages. Il a 14 ans quand, en 1912, sa mère, dépressive et probablement lasse des frasques de son époux, se jette dans la Sambre du côté de Châtelet, dans le « pays noir » belge. Ce drame influencera son œuvre, même s’il refuse toute interprétation psychanalytique de ses productions, et que ses exégètes aiment à voir dans les nombreux visages voilés qu’il a peints, la robe de chambre qui recouvrait celui de sa défunte mère lorsqu’elle est découverte noyée...

« La grande guerre » (1964) et « Le Fils de l'homme » (1964) par René Magritte, images via- Gary Blonder « La grande guerre » (1964) et « Le Fils de l'homme » (1964), images via Gary Blonder

À la fin de l’année 1915, René Magritte, élevé par des gouvernantes et nourri par Stevenson, Poe, Gaston Leroux et « Les Pieds nickelés », abandonne ses études à l’athénée de Charleroi pour s’installer à Bruxelles, rue du Midi. Il emménage à deux pas de l’Académie royale des beaux-arts, qu’il va fréquenter jusqu’en 1919, en auditeur libre et sans faire montre d’une grande assiduité. Il y suit néanmoins les cours du peintre symboliste Constant Montald et de l’affichiste de style Art nouveau, Gisbert Combaz.

L’écrivain anarchiste Georges Eekhoud, qui y enseigne le français jusqu’à son renvoi au mitan de la Première Guerre mondiale, aura également une véritable influence sur Magritte. Parmi les élèves, il se lie notamment à Paul Delvauxet à Pierre-Louis Flouquet, avec lesquels il s’initie au cubisme et au futurisme. Il participe aussi, aux côtés des frères Pierre et Victor Bourgeois, respectivement cinéaste et architecte, à la parution de la revue « Au Volant », ainsi qu’à d’autres publications d’avant-garde qui, bien qu’éphémères (pour la plupart), contribuent au développement de ces mouvements artistiques en Belgique.

Georgette et Giorgio

Sur le plan affectif, René Magritte retrouve par hasard au début des années 1920 son amour d’enfance, Georgette Berger, au Jardin des plantes de Bruxelles. Il l’épouse le 28 juin 1922, et n’aura d’autres muses que celle-ci. Avec Georgette et Giorgio De Chirico, tous les éléments sont réunis pour que le peintre prenne son envol. Ce sera en l’occurrence sous la forme d’un « Jockey perdu » (1926), clin d’œil et trait d’union entre Dada, métaphysique et surréalisme.

« Jockey perdu » (1926), image via www.renemagritte.org « Jockey perdu » (1926), image via www.renemagritte.org

Au milieu des années 1920, tout en réalisant de nombreuses illustrations pour le cinéma, le théâtre, l’industrie automobile et de grandes marques commerciales belges, il contribue à la création du groupe surréaliste de Bruxelles aux côtés d’autres grandes figures comme Paul Nougé, André Souris, Louis Scutenaire ou encore Irène Hamoir. En 1927, il s’installe en France, où il rencontre, entre autres, Breton, Eluard, Max Ernst et Dalí, avant de participer à leurs activités artistiques et intellectuelles jusqu’en 1930. La crise le rappelle en Belgique où, même si ses contrats commerciaux sont rompus, sa renommée flirte déjà avec les sommets.

Giorgio de Chirico, « Le chant d'amour » (1914), image via- esquizonauta Giorgio de Chirico, « Le chant d'amour » (1914), image via Esquizonauta

En 1933, il expose au Palais des beaux-arts de Bruxelles et, trois ans plus tard, il bénéficie de sa première exposition personnelle à New-York, aux cimaises de la galerie Julien Levy. L’année suivante, il séjourne à Londres, où il donne des conférences et expose à la London Gallery de son ami et compatriote Mesens. Il se fâche et se réconcilie avec Breton, participe ou dirige plusieurs nouvelles publications surréalistes et produit parallèlement plusieurs centaines d’œuvres.

« Le promenoir des amants » (1929-30) vendu en février 2007 pour 860,000 GBP et « La géante » (1935) vendu en février 2002 pour 553,750 GBP chez Christie's, images via Christie's « Le promenoir des amants » (1929-30) vendu en février 2007 pour 1 millions d'euros et « La géante » (1935) vendu en février 2002 pour 645 000 euros chez Christie's, images via Christie's

Dans son corps de travail, la poésie, le leurre, le trompe-l’œil et l’esprit, le disputent, sous des apparences enfantines, bourgeoises et anodines, à la subversion et à l’anarchie. Par l’humour corrosif d’une peinture confinant à l’absurde, Magritte s’emploie à détruire les fondements de toutes les conventions du monde dit « moderne ».

Brouiller les pistes

L’invasion allemande le pousse à quitter la Belgique en mai 1940. Il s’installe alors pour quelques mois à Carcassonne, rejoint par plusieurs de ses amis surréalistes du Plat pays, dont les accointances communistes sont déjà marquées. De retour sur sa terre natale, René Magritte change radicalement de style au milieu des années 1940, s’inspirant des techniques impressionnistes afin de poursuivre sa réflexion sur les illusions du réel. À cette période dite « Renoir » (même si le peintre réfute le terme) succédera la période « vache », qui donnera naissance à une quarantaine de toiles et de gouaches au ton criard et d’influence purement surréaliste, visant, une fois encore, à brouiller les pistes.

René Magritte « The Pictorial Content », 1947, période « vache », image via weimarart.blogspot René Magritte « The Pictorial Content », 1947, période « vache », image via Weimarart

Dans les années 1950 et 1960, plusieurs rétrospectives Magritte sont organisées dans le monde entier, et notamment aux États-Unis (MoMA, Chicago, Berkeley, Pasadena…) où la cote de l’artiste est au plus haut.

René Magritte, « Le  principe  du  plaisir », 1937, image ©Sotheby's René Magritte, « Le principe du plaisir », 1937, vendu pour 26,8 millions de dollars chez Sotheby's en novembre 2018, image ©Sotheby's

En novembre 2018, son œuvre « Le principe du plaisir », (1937) établi un nouveau de record chez Sotheby’s New-York, avec 26,8 millions de dollars (23,9 millions d’euros), recalant Christie’s sur la deuxième marche du podium. « L’empire des lumières » (1949), anciennement l'oeuvre la plus chère de l'artiste, s'était vendue pour 20,5 millions de dollars novembre 2017.

Retrouvez tous les prix réalisés par les œuvres de Magritte ici.

René Magritte est mort le 15 août 1967. Il est enterré aux côtés de son épouse au cimetière de Schaerbeek, près de Bruxelles. À travers le Musée Magritte, la capitale belge donne à voir une grande partie de l’œuvre de ce peintre surréaliste, représentatif de cette « belgitude » qu’on ne saurait définir vraiment. Mais qui existe bel et bien.

Recherchez Magritte sur Barnebys !

Commentaires