Portrait de Claude Monet avec ses « Nénuphars » Portrait de Claude Monet avec ses « Nymphéas »

Du Havre à Paris

Claude Monet grandit au Havre, où il suit les cours de Jacques-François Ochard. Il réalise d’abord des portraits de notables et des caricatures. Mais c’est en la personne d’Eugène Boudin qu’il trouve un premier père spirituel. Avec Johan Barthold Jongkind, les trois hommes posent leur chevalet dans la nature et peignent des paysages « sur le motif ». Un procédé duquel Monet ne déviera plus.

En 1859, celui-ci se rend à Paris sur les conseils de Boudin. Fauché, il fréquente l’Académie suisse qui fournit des modèles à bas prix. Il découvre les artistes de la capitale et rencontre Pissarro, Renoir ou Courbet.

Dès le départ, Monet est marqué par de multiples influences : ses contemporains, mais aussi Eugène Delacroix, John Constable, le japonisme et les innovations photographiques. Désœuvré, il ne peut échapper au service militaire en Algérie, où il contracte une maladie coloniale. La pension d’invalidité qu’il perçoit à son retour lui permet de se consacrer à la peinture.

Claude Monet, « Femme à la robe verte », 1866, collection de Kunsthalle Bremen Claude Monet, « Femme à la robe verte », 1866, collection de Kunsthalle Bremen

Il entame ensuite une période d’allers-retours entre Paris et la Normandie. Ses vues de Honfleur et de Sainte-Adresse lui valent une première reconnaissance. À Paris, Monet fréquente le café Guerbois. Il entre dans l’atelier de Charles Gleyre et rencontre le succès au Salon de 1866 avec La Femme en robe verte. Le tableau représente Camille Doncieux, sa future épouse.

Avec Sisley ou Bazille, Monet parcourt la forêt de Fontainebleau, toile à la main. Il se rend également du côté de Bougival en compagnie de Renoir. Mais la critique et le public adhèrent mal aux nouveautés du moment. Acculé par la pauvreté, le peintre se voit contraint de céder 200 de ses toiles en 1867, lors d’une saisie. À la suite à cet épisode douloureux, il tentera de se suicider.

Claude Monet, « Saint-Lazare Train Station », 1877, collection du Musée d'Orsay Claude Monet, « Saint-Lazare Train Station », 1877, collection du Musée d'Orsay

Révélation londonienne

En 1870, Monet fuit la guerre et part se réfugier à Londres. Il y retrouve Pissarro, qui lui présente le marchand Durand-Ruel. Celui-ci deviendra son mécène providentiel. Cette retraite outre Manche lui permet surtout de découvrir Turner. À la suite de Boudin, le peintre anglais devient la nouvelle figure tutélaire de Monet. Son influence se fera sentir dans ses toiles anglaises et hollandaises, ainsi que dans ses séries sur la Gare de Saint-Lazare (1877), la Cathédrale de Rouen (1894) ou du Parlement de Londres (1899).

Claude Monet, « Coucher de soleil sur la Seine à Lavacourt », 1880, collection du Petit Palais Claude Monet, « Coucher de soleil sur la Seine à Lavacourt », 1880, collection du Petit Palais

Monet revient en France en 1872. Il organise la première exposition impressionniste dans l’atelier de Nadar. L’événement est un échec public : Impression, soleil levant devient le symbole d’un courant incompris. Monet peindra d’autres toiles similaires par la suite, comme Coucher de soleil sur la Seine à Lavacourt, effet d'hiver (1880).

Puis l’artiste s’installe à Argenteuil, où il poursuit ses expériences impressionnistes au cœur de la nature. Suite au décès de Camille en 1879, il emménage ensuite à Vétheuil, avec la famille du mécène Ernest Hoschédé (dont il épousera l’ex-femme en 1893).

Claude Monet, « Meules de foin à midi », 1890, collection de la National Gallery of Australia Claude Monet, « Meules de foin à midi », 1890, collection de la National Gallery of Australia

Giverny

Dès 1883, les deux familles s’installent à Giverny. Monet livre quelques-unes de ses plus belles séries, dont les Meules et les Peupliers. Il enchaîne également les voyages. L’ambiance romantique et monumentale des tempêtes de Belle-Île (1886) contraste avec les vues lumineuses d’Antibes (1888), qui trahissent sa proximité avec Pierre Bonnard.

Claude Monet, « Nymphéas », 1919, collection du Musée Marmottan Claude Monet, « Nymphéas », 1919, collection du Musée Marmottan

Mais le grand chantier de Claude Monet est bien sûr celui des Nymphéas. Pendant plusieurs années, le peintre s’entoure d’horticulteurs et détourne un cours d’eau. Il recrée chez lui un paradis artificiel grandeur nature, dans lequel il s’immerge corps et âme. Vieillissant, atteint de cataracte, marqué par les deuils successifs, Monet s’acharne pourtant au travail. Il crée de grandes toiles dans un atelier mobile spécialement fabriqué pour l’occasion. Ses représentations, d’abord assez nettes, se concentrent peu à peu sur le détail des nénuphars recouvrant le plan d’eau. Le peintre, insatisfait, détruit de nombreuses créations.

Les dernières toiles ne consistent plus qu’en une lumière diffuse. Le Pont japonais de 1890 a bien changé en 1922… En 1918, Monet offre les Nymphéas à la France pour célébrer la paix retrouvée. Il meurt en 1926, un an avant l’inauguration du musée de l’Orangerie.

Claude Monet, « Impression soleil levant » , 1872, collection du Musée Marmottan Claude Monet, « Impression soleil levant » , 1872, collection du Musée Marmottan

Effet boomerang

La redécouverte de Claude Monet en France viendra en fait des États-Unis. En 1957, le critique d’art Clement Greenberg écrit un article dans lequel il rapproche l’abstraction lyrique du peintre français. Réinterprétant la production de Monet, Greenberg en fait l’initiateur du colorfieldet du all over, conférant aux Américains une noble ascendance esthétique.

Image via retro news Image via retro news

Mais en réalité, Monet n’influencera pas tant Pollock ou Rothko que la génération d’après, qui cèdera au mythe inventé par Greenberg… C’est pourtant bien grâce à cette réinvention américaine que l’Europe, par la suite, se rappellera l’authenticité du maître. Certains mensonges ont parfois du bon…

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