Anders Zorn naît en 1860 à Mora du brasseur allemand Leonard Zorn et de Grudd Anna Andersdotter. Ses parents se rencontrent dans une brasserie lors d’un bref passage professionnel de Leonard à Uppsala, et après une courte liaison, Grudd Anna donne naissance au petit Anders, l'un des artistes les plus célèbres de l’histoire de l’art suédois.

Autoportrait avec faune et nymphe, 1895, collection privée, image via Zorn Museum Autoportrait avec Faune et nymphe, 1895, collection privée, image via Zorn Museum

L’enfance d’Anders Zorn se déroule paisiblement dans une ferme aux environs de Mora, avec sa mère et ses grands-parents maternels. À l'âge de douze ans, en 1872, il s'installe à Enköping pour commencer ses études, une opportunité rare rendue possible grâce à l'héritage qu’il reçoit au décès de son père (qu’il n’a jamais connu).

Ayant grandi en parlant le moramål, la langue officielle parlée à Mora à l’époque, le jeune Zorn doit apprendre le suédois à son arrivée à Enköping. C’est à cette époque que son professeur remarque son talent pour le dessin et que Zorn obtiendra sa toute première récompense.

Un cursus mouvementé

En 1875, à l'âge de 15 ans, Zorn utilise le reste de son héritage et entre à l'Académie royale des arts de Suède, située à Stockholm. Il entame son cursus avec l’ambition de devenir sculpteur sur bois, mais se rend compte bien vite que l’aquarelle est son mode d’expression favori.

Anders Zorn jeune, la photo a été prise en 1886, image via Wiki Commons Anders Zorn jeune, la photo a été prise en 1886, image via Wiki Commons

Il se démarque rapidement des autres étudiants et est considéré par ses professeurs comme un véritable prodige. Zorn conserve l’aquarelle comme médium principal jusqu’en 1887, et se consacrera à la peinture à l’huile un peu plus tard.

En 1880, son aquarelle En deuil est sélectionnée pour la présentation et l’exposition annuelle de l'Académie, un évènement majeur pour sa carrière, car son œuvre attire beaucoup l’attention et permet à Zorn d’accéder au statut d’artiste à part entière.

Le succès de l’exposition est tel que les commandes se succèdent, mais compromettent son cursus à l'académie. Après avoir reçu l'avertissement du directeur, Zorn rend son diplôme et quitte l'établissement.

Notre pain quotidien, 1886, image ©Bild Nationalmuseum Notre pain quotidien, 1886, image ©Bild Nationalmuseum

Anders Zorn est issu d’une génération d’artistes en ferme opposition à l'éducation de l'Académie, et était connu pour être l'un des principaux « opposants ». En 1885, plusieurs plasticiens envoient une lettre à l'académie contenant plusieurs propositions de réforme. La même année, l'exposition des opposants, dans laquelle Zorn est représenté, est organisée pour rompre définitivement avec le conservatisme de l’établissement. L'Association des artistes est créée l’année suivante et tient son premier show dans le salon Blanch, où Zorn présente Notre pain quotidien, une œuvre remarquable que le Musée national décide d’acquérir par la suite.

Le prodige du portrait

Tout au long de sa carrière, Zorn est très sollicité pour ses talents de portraitiste. Suite à ses premières commandes, reçues par des familles riches alors qu’il était à l’Académie, d’autres familles de son entourage et de la haute société suédoise le commissionnent davantage.

Portrait de l'homme d'affaires Ernest Cassel de 1886, image via Wiki Commons Portrait de l'homme d'affaires Ernest Cassel, 1886, image via Wiki Commons

Une grande partie du succès et de la renommée de Zorn est due à la qualité des ses portraits et au soin qu’il attachait à réaliser chacun d’entre eux. À l’époque, l’art du portrait était particulièrement recherché aux États-Unis, et c’est ainsi que Zorn reçoit des commissions de la part de banquiers, de politiciens, ou encore d’hommes d’affaires, tous prêts à payer le prix fort pour obtenir une toile à leur effigie.

Voyages à l'étranger

Inspiré par les peintures d'Egron Lundgren, Anders Zorn entreprend plusieurs voyages, principalement en Angleterre et en Espagne, à partir de 1881, et délaisse son pays natal quatre années durant, afin d’explorer de nouveaux horizons artistiques.

Au cours de ses voyages, il étudie minutieusement la représentation des surfaces réfléchissantes et de la surface de l'eau, et suite à cet apprentissage, développe une technique très raffinée.

Kärleksnymf, peint à Madrid en 1884, appartient aujourd'hui au Musée national. En 1885, Zorn a peint une autre version du motif à Londres, qui a été vendue 7 millions de SEK à Stockholm Auctionsverk  en 2011, image ©Picture Zorn Museum Kärleksnymf, peint à Madrid en 1884, appartient aujourd'hui au Musée national. En 1885, Zorn a peint une autre version du motif à Londres, qui a été vendue 7 millions de SEK à Stockholm Auctionsverk  en 2011, image ©Picture Zorn Museum

Kärleksnymf, peint à Madrid en 1884, a permis à Zorn de faire une percée sur le continent européen, ce qui améliore fortement sa situation financière.

De retour en Suède, il se marie en 1885 avec Emma Amalia Lamm, une jeune fille cultivée d'une famille juive de Stockholm. Emma Lamm et Zorn s'étaient rencontrés dans le cadre d'une commande de portrait en 1881. Les nouveaux mariés partent en lune de miel en Hongrie, puis en Turquie, et sont contraints d’y rester près de trois mois car Zorn contracte la fièvre typhoïde et doit rester alité.

Ander et Emma Zorn 1885, par Robert Roesler, image via Wiki Commons Ander et Emma Zorn 1885, par Robert Roesler, image via Wiki Commons

Saint Ives

La transition de l'aquarelle à la peinture à l'huile est une révélation pour Zorn, et un tournant dans sa pratique. Il rencontre un immense succès après un court séjour à St Ives, un petit village de pêcheurs au sud-ouest de l'Angleterre, pendant l'hiver de 1887-88.

Encre d’après la peinture Fisherman in St. Ives. L’œuvre originale appartient à l'État français, image © Zornmuseet Encre d’après la peinture Fisherman in St. Ives. L’œuvre originale appartient à l'État français, image © Zornmuseet

La vie parisienne

En 1888, Anders et Emma Zorn s’installent à Paris, et y résideront pendant près de huit ans, bien qu’ils effectuent de nombreux voyages au cours de cette période.

Dans les années 1880 et 1890, le couple s’envole pour l’Espagne, l’Afrique du Nord, l’Angleterre et les États-Unis, où Zorn peint des portraits d'hommes politiques et de membres de la haute société américaine. Lors d’un voyage aux USA en 1893, Zorn a le privilège de peindre le président Grover Clevland, et exécutera également les portraits ​​de Theodore Roosevelt (1905) et William Howard Taft (1911) au cours du XXe siècle.

À Paris, Zorn illustre Antonin Proust, un éminent journaliste et critique d’art, qui lui ouvre les portes des collectionneurs et des sous-traitants parisiens. Il se noue d’amitié avec d’autres artistes scandinaves comme August Hagborg, Christian Eriksson, Louis Sparre, Albert Edelfelt, et rencontre les maîtres français Renoir, Rodin et Besnard, qui resteront de simples connaissances.

Bien que résidents parisiens, le couple passe toujours ses étés en Suède, dans l'archipel de Stockholm à Dalarö, où la mère d'Emma loue une résidence d'été. Il est dit que le sujet de l’œuvre Törnsnåret est inspiré d’une ballade d’Anders et Emma dans Dalarö : lorsque la robe d’Emma s'est retrouvée coincée dans un buisson épineux, Anders s’est hâté de rentrer pour aller chercher son matériel et peindre la scène immédiatement.

Törnsnåret, image ©Zornmuseet Törnsnåret, image ©Zornmuseet

C'est au cours des années suivantes que Zorn finalise sa transition vers la peinture à l'huile et qu’il rencontre davantage de succès sur la scène internationale. Il est décoré de la Légion d’honneur suite à l’Exposition Universelle de 1889, qui reconnaît sa contribution à l’histoire de l’art, et sera élu à la Société Nationale des Beaux-arts.

Sculpture

Même si Anders Zorn a abandonné la sculpture à l’Académie, son intérêt pour la discipline ne s’est jamais vraiment éteint.

Faune et Nymphe, 1895, image ©Zornmuseet Faune et Nymphe, 1895, image ©Zornmuseet

Il commence par faire des sculptures en bronze et s’inspire fortement de l’œuvre de Rodin. En 1889, il signe une tête en bronze à l’effigie d’Emma, ainsi que Faune et Nymphe en 1895.

Le retour aux sources

Après huit ans à Paris, le temps est venu pour Anders et Emma Zorn de rentrer chez eux. De retour à Mora, Zorn se consacre davantage au folklore et aux études de nu, tandis que les représentations de la vie fermière se font de plus en plus récurrentes parmi ses œuvres.

Zorngården 1895, image ©Zornmuseet Midsommardans, 1897, image ©Zornmuseet

Zorn a lui-même déclaré que Midsommardans (conservée au Musée national) était son œuvre folklorique préférée. Midnight, Vallkulla et Dans in Gopsmorstugan font également partie des toiles célèbres du même genre. Les représentations folkloriques de la région de Siljan, ainsi que l’étude de nu, deviennent, lentement mais sûrement, le cœur de l’œuvre de Zorn et ont influencé de nombreux artistes après lui.

L’amour de l’artiste pour ce nouveau genre se manifeste dès les années 1880. Ses modèles nus sont souvent représentés dans la nature, et de préférence près d’une rivière, ce qui lui permet de s’exercer simultanément à la représentation de l’eau.

Une première, 1888. L'œuvre est disponible en cinq versions différentes. La première version illustrée ci-dessus a reçu la médaille de l'Exposition universelle de Paris en 1889, image ©Bild Nationalmuseum Une première, 1888. L'œuvre est disponible en cinq versions différentes. La première version illustrée ci-dessus a reçu la médaille de l'Exposition universelle de Paris en 1889, image ©Bild Nationalmuseum

Graveur

Axel Herman Hägg, un contemporain de Zorn, lui enseigne la technique de la gravure à Londres en 1883. Sa toute première gravure est un portrait de son enseignant, Hägg, et l'expérience donne suite à 288 gravures différentes, dont plusieurs autoportraits. La composition de ses gravures est inspirée de celle du maître hollandais Rembrandt.

Zorn et son épouse, 1890, image via Wiki Commons Zorn et son épouse, 1890, image via Wiki Commons

Zorn aujourd'hui

Anders Zorn est décédé dans les années 1920 à l'hôpital de Mora, à l'âge de 60 ans, suite à un empoisonnement du sang. Dans le testament conjoint du couple de 1919, il était stipulé que leurs biens devraient être donnés à l'État suédois.

Le musée Zorn est construit en 1939, d'après les dessins de Ragnar Östberg. Après le décès d'Emma Zorn en 1942, le domicile des époux à Zorngården est également transformé en musée.

Le studio d'Anders Zorn à Zorngården, photo ©Lars Hallén, Zornmuseet Le studio d'Anders Zorn à Zorngården, photo ©Lars Hallén, Zornmuseet

Les œuvres de Zorn sont aujourd’hui très populaires sur le marché des enchères et auprès des marchands d'art. Ses gravures, aquarelles et peintures à l'huile rassemblent toujours un large public dès leur arrivée en salle des ventes.

Summer Sale, de 1886, a été vendu à Stockholms Auktionsverk en 2010 pour 26 millions, devenant la peinture la plus chère de la Suède, image via Wiki Commons Sommarnöje, 1886, image via Wiki Commons

Sommarnöje, de 1886, a été vendue chez Stockholms Auktionsverk en 2010 pour 26 millions de SEK, devenant la peinture la plus chère de la Suède.

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