Parlez-nous de votre parcours. Comment en êtes-vous arrivé à devenir Commissaire d’exposition du salon Art Paris Art Fair?

Mon parcours est quelque peu atypique. Après des études d’histoire de l’art à l’Ecole du Louvre et à l’université Paris 1, durant lesquelles j’ai travaillé dans des galeries et dans des musées, je suis parti à l’étranger travailler dans l'hôtellerie de luxe pour apprendre les langues étrangères. Je me suis donc engagé dans une voie très différente qui, a priori, n’avait aucun rapport avec l’art contemporain. Après quelques années aux Etats-Unis, puis en Espagne, j’ai accepté un poste à Paris, dans un établissement prestigieux, Le Scribe. J’ai développé pour ce lieu une communication culturelle et des partenariats, notamment avec la Fiac.

En 1999, l’opération « 24 heures de luxe », premier happening hôtelier dans Paris, fut un véritable succès. De midi à midi, la durée d’une nuit hôtelière, les plus beaux espaces de l’hôtel avaient été confiés à des artistes  comme Paul Armand Gette, Brigitte Ziegler ou muntean & rosenblum pour exécuter des performances ou réaliser des installations. Ce fut incroyable : l’hôtel avait reçu 5 000 personnes et de mon côté, j’avais d’un coup remis les pieds dans le milieu de l’art. Un an plus tard, je ralliai l’équipe de la Fiac, puis celle de Paris Photo dont je suis devenu le directeur. En 2011, j’ai quitté mes fonctions pour prendre, avec Catherine Vauselle, la direction d’Art Paris, rebaptisée Art Paris Art Fair.

Le commissaire général d'Art Paris Art Fair Guillaume Piens © Guillaume Piens/Art Paris Art Fair Le commissaire général d'Art Paris Art Fair Guillaume Piens
© Guillaume Piens/Art Paris Art Fair

Quels rapports personnels entretenez-vous avec l’art ?

Un rapport très personnel, voire essentiel. Dès que j’ai pu tenir un crayon, j’ai dessiné. Pour moi, l’art n’est pas lié à la recherche d'un statut social, c’est une vraie passion, quelque chose d’indispensable comme l'air que l'on respire, un outil de connaissance du monde et des cultures.

Comment le marché de l’art a-t-il évolué depuis vos débuts ?

A partir des années 1980, le marché de l’art s’est industrialisé. Les galeristes sont devenues des figures entrepreneuriales, les artistes ont été starisés. Jeff Koons en est un parfait exemple. A l’époque, tout cela se passait dans la sphère occidentale mais avec la chute du Mur puis la montée des BRIC (NDLR: Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et internet, le marché s’est étendu à la planète entière tout en se financiarisant.

Art Paris Art Fair 2015 Credit photo : Emmanuel Nguyen Ngoc Art Paris Art Fair 2015
Credit photo : Emmanuel Nguyen Ngoc

Qui sont les visiteurs de la foire Art Paris Art Fair?

Nous recevons plus de 50 000 visiteurs dont beaucoup viennent d'Europe et des pays limitrophes comme l'Allemagne, la Belgique, la Suisse, l'Italie, l'Angleterre.

S'il y a encore une majorité de français, la foire s'internationalise et le public évolue chaque année. Nous faisons un effort particulier vis à vis des nouveaux collectionneurs. Ceci se traduit par la mise en place d'outils pédagogiques: visites décryptages offertes aux collectionneurs invités, édition de flyers pour les galeries à diffuser à leurs visiteurs, site internet riche en contenu et en images offrant des possibilités de recherche par ordre de prix, origine géographique, techniques, etc.

Pour l'édition 2016, Art Paris Art Fair met la Corée à l'honneur. Pouvez-vous nous expliquer ce choix?

En moins de quinze ans, Hong-Kong, Beijing, Shanghai puis Singapour se sont imposées comme des places fortes sur la carte mondialisée de l’art. Aujourd’hui, c’est au tour de la Corée du sud de se positionner.

La capitale coréenne Séoul figure aujourd'hui parmi les mégalopoles d'Asie les mieux dotées en musées, en centres d'art, en fondations et en galeries. De manière plus générale la Corée c’est un peu le Japon des années 80. Ils excellent dans tous les domaines : la technologie avec Samsung, l’automobile avec  Hyundai, les industries culturelles avec la k-pop et les k-drama, et maintenant, ils se placent sur l’échiquier de l’art et là encore, ils le font avec une puissance de feu impressionnante. Il n’y a qu’à voir le succès de la Biennale de Gwangju, qui est devenue l’un des grands rendez-vous mondiaux de l’art contemporain.

La nouvelle notoriété des artistes coréens atteste à elle seule de cette envolée. Alors que des décennies durant, le vidéaste Nam June Paik est resté l’unique artiste coréen de réputation mondiale, ils sont nombreux aujourd’hui à être courtisés par les grandes galeries internationales - Lee Bul est chez Lehmann Maupin et Thaddeus Ropac, Lee Ufan chez Pace, Blum & Poe et Kamel Mennour, Do Ho Suh chez Lehmann Maupin, Lee Bae et Bae Bien-U chez RX

Lee Bae Sans titre, 2014 Galerie RX Image: Art Paris Art Fair Lee Bae
Sans titre, 2014
Galerie RX
Image: Art Paris Art Fair

Par ailleurs des galeristes français s'installent à Séoul, Emmanuel Perrotin qui vient d'ouvrir un espace et qui sera prochainement rejoint par Baudoin Lebon.

Cette montée en puissance vaut à la Corée d’être le pays invité d'Art Paris Art Fair mais cette invitation s’inscrit dans le cadre plus général d’une année de célébration France-Corée qui a démarré en septembre dernier.

Art Paris Art Fair tient à mettre en avant l’art numérique en projetant des installations tous les soirs sur la façade du Grand Palais. Pouvez-vous nous parler de ce projet?

Oui, c'est un projet unique et spectaculaire inauguré en 2012 avec l'artiste Miguel Chevalier. Aujourd'hui  la programmation s'étoffe et nous offrons au public parisien cette année six créations numériques inédites d'artistes venus d'Azerbaïdjan, de Corée, de France et de Suisse. Art Paris Art Fair est une foire ouverte à toutes les formes d'expression et l'art numérique en fait partie.

Art Paris Art Fair 2015 Credit photo : Emmanuel Nguyen Ngoc Art Paris Art Fair 2015
Credit photo : Emmanuel Nguyen Ngoc

Depuis 2013, le programme « Promesses » met en avant la jeune création contemporaine. Quel est le retour du public ?

Les galeries du secteur "Promesses" sont des galeries de moins de cinq d'existence qui bénéficient d'un soutien de la foire pour exposer au Grand Palais. Elles offrent un choix d'artistes émergents à des prix accessibles qui intéressent le public. Les retours commerciaux ont été très bons pour les galeries de ce secteur.

Quels conseils donneriez-vous à la jeune génération pour débuter une collection d’art?

Il faut donc se familiariser avec la création, fréquenter les galeries, aller voir des expositions, acheter des catalogues. Les associations d’amis des musées qui organisent des visites avec le curateur sont un bon moyen à la fois de découvrir des artistes mais aussi de rencontrer d’autres amateurs et de profiter de leurs expériences. Il y a celle de l’ADIAF, du Palais de Tokyo, du Jeu de Paume

Ensuite, pour acheter, il faut se confronter avec l’œuvre, la voir en vrai ; c’est une rencontre sensorielle. C’est pour cela aussi que je crois beaucoup au rôle du galeriste.

Les jeunes collectionneurs peuvent regarder ce qui se passe du côté de l’édition, des œuvres multiples, qui permettent de s’offrir des œuvres d’art à des prix plus abordables. Il y a actuellement tout un mouvement autour du livre-objet par exemple. Un autre médium très accessible et dynamique est la photographie.

Comment voyez-vous Paris au sein de la scène artistique internationale ?

La France connaît une situation paradoxale. D'un côté, il y a tous ces discours négatifs  sur Paris comme Ville musée, le repli identitaire français, l'exode des collectionneurs et galeries vers Bruxelles et  Londres. De l'autre côté, il y a une vraie renaissance du paysage institutionnel parisien qui sont le fait d'initiatives privées: la Maison Rouge - Fondation Antoine de Galbert, la fondation Ricard, la fondation Cartier, la fondation Louis Vuitton.... Le programme d'expositions dans les institutions publiques parisiennes n'a rien à envier à celui de de New York ou de Londres.  Il y a aussi de nombreux projets de collectionneurs comme SAM Projects, la Villa Emerige, l'Adiaf qui dynamisent la scène artistique parisienne.

Il y a chez beaucoup de galeristes étrangers que je rencontre un  vrai désir de venir à Paris.

Art Paris Art Fair 2015 Credit photo : Emmanuel Nguyen Ngoc Art Paris Art Fair 2015
Credit photo : Emmanuel Nguyen Ngoc

Selon vous, quels vont être les grands trends du marché de l’art en 2016 ?

Je me méfie des prédictions et des généralités simplificatrices, mais j'observe cette année un très net retour à la peinture chez les artistes de moins de 40 ans.

Au niveau du marché de l'art, il y a beaucoup d'intérêt pour l'art coréen d'après guerre, notamment le mouvement abstrait du Dansaekhwa des années 1970 qui fait l'objet d'une importante exposition à la dernière biennale de Venise. L'art africain contemporain est aussi la prochaine tendance et c'est pourquoi Art Paris Art Fair fera un focus africain en 2017 confié à la commissaire d'exposition Marie Ann Yemsi.

Dans votre métier, quelle est votre utilisation d’internet ?

Constante. J'utilise en permanence internet pour faire des recherches sur les galeries que je prospecte à l'étranger et les artistes exposés à la foire.

Que pensez-vous de la relation de plus en plus proche entre l’art et internet ?

Je trouve qu'Internet est un extraordinaire moyen de diffusion de l’art. On peut être à l’autre bout de la planète et suivre l’actualité d’une foire, d’une galerie ou d’un artiste. L’information n’est plus réservée à une élite.

Et d’un projet comme celui de Barnebys de réunir tous les objets d’art sur une seule et même plateforme ?   

Pour les  non initiés à l'art contemporain qui ont peur de franchir la porte d’une galerie ou se sentent plus à l’aise d’acheter via internet, je trouve bien qu'il y ait des sites comme le vôtre.

Votre artiste coup de cœur de Art Paris Art Fair 2016 ?

Il y en a beaucoup, mais puisque nous accueillons la Corée, je voudrais citer les artistes Kim Joon chez Park Ryu Sook, Kiwon Park chez 313 art project, Noh Sang-Kyoon chez Gallery Simon ou encore Kim Yun Soo chez Soso Gallery.

Joon Kim Somebody-018, 2015 Park Ryu Sook Gallery Image: Art Paris Art Fair Joon Kim
Somebody-018, 2015
Park Ryu Sook Gallery
Image: Art Paris Art Fair

Art Paris Art Fair aura lieu du 31 mars au 3 avril 2016 au Grand Palais à Paris.

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