Au commencement était la cadence régulière d'un souffle, le cycle d'un tube respiratoire. Un carré de lumières changeantes et un jeu de drapés ondulatoires enveloppent la scène de leurs pulsations ouateuses et déjà fascinantes. La danseuse fait corps avec le tissu et s'y meut avec fluidité ; aucun doute le drap est sien.

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Se succèdent alors les éléments déchaînés : l'eau, enivrante, coule de ruisseaux en gouttes éparpillées, puis le feu la dévore avec une terrible véhémence. Le corps dément est comme possédé par des forces invisibles qui, avec une précision chirurgicale, en tirent toutes les ficelles.

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La terre on y arrive : allongée sur le sable au bord de l'eau, déambulant sur la plage ou dans le vent, Carolyn Carlson ne lui fait pas faux bond. Aucun geste, aucun pas n'est laissé au hasard mais tout dans le même temps semble être laissé aux prises de l'aléatoire et de l'impulsivité maîtrisée.

La danseuse incarne comme une divinité, gardienne de la nature dans toute sa puissance et sa colère subie. Place à la clairvoyance, à la lucidité soudaine : notre place aujourd'hui n'est plus dans la nature mais dans la ville, qui jamais ne s'arrête et nous dévore comme elle a fait disparaître les derniers souffles brûlants des volcans.

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Il ne reste plus qu'un homme en noir faisant son apparition, étrange inconnu au milieu des gratte-ciels et autoroutes, pour danser une réplique saccadée, encapuchonnée, à côté de la belle drapée. Masqué, désincarné, anonyme dans la ville, cet Autre pris dans la furie citadine effraie car il nous représente tous. Rien de tout cela n'est réel, viable, encore moins enviable : on nous met en garde contre notre éloignement inéluctable, le recul de la nature.

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Entourée de l'univers sonore et musical de Nicolas de Zorzi, la danseuse enrichit son spectacle au fur et à mesure d'une intensité sauvage, belle et imprévisible. La cadence effrénée sera maintenue jusqu'à la fin. Infatigable, Carolyn Carlson s'approprie et invente les codes d'une danse résolument moderne et impétueuse, troublant la vision, fusionnant l'espace et le temps.

Découvrez ici un extrait de sa performance au Teatro Studio, en 2009:

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