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Vous êtes journaliste culture, spécialisée dans l'art. Pouvez-vous nous en dire un peu plus?

Une fois journaliste, il n'y a eu aucun doute sur ma spécialité: ce serait le monde de l'art ou rien. Mon goût pour l'art est venu tôt. Education classique, piano, danse, chant, le milieu a dû jouer beaucoup. Et puis, ma mère est directrice photo et elle m'a, sans vouloir le faire sciemment, formée a l'image tôt. Il n'y avait pas un week-end ou on n'allait pas au musée voir une exposition. J'étais moi-même aussi sûrement dans la demande, je regardais les images qu'elle me mettait sous le nez au journal, à la rédaction, et elle me parlait de leur composition ou de l'histoire des photographes qu'elle faisait travailler. Quand j'ai commencé à écrire, ce sont naturellement des compte rendus d'expositions que j'ai présentés. Et je suis passée par les bancs de la Sorbonne pour étudier la philosophie de l'art de mon côté.

Quels sont vos auteurs préférés dans ce domaine?

Les classiques forcément; Panofsky, Gombrich. Mais aussi Didi-Huberman qui parle bien du contexte historique de fabrication logé dans une image.

Georges Didi-Huberman  En 2015, il reçoit le prix Theodor-W.-Adorno, qui, tous les 3 ans depuis 1977, récompense les contributions exceptionnelles dans les domaines de la philosophie, de la musique, du théâtre et du cinéma  © Droits Réservés. Georges Didi-Huberman
En 2015, il reçoit le prix Theodor-W.-Adorno, qui, tous les 3 ans depuis 1977, récompense les contributions exceptionnelles dans les domaines de la philosophie, de la musique, du théâtre et du cinéma
© Droits Réservés.

Si vous n'aviez pas été journaliste culture, quelle voie auriez-vous choisie?

Professeur de philosophie ? Non, peut-être éditrice. Je suis passée par la maison d'édition Hachette, mais très vite, j'ai voulu écrire, alors j'ai co-signé un petit guide pour eux. Je n'aimais pas relire les textes, je voulais être de l'autre côté.

Quand vous regardez une image pour la première fois, laissez-vous libre cours à votre imagination ou recherchez-vous directement l'information pour comprendre?

Quand il n'y a pas d'émotion, la barrière historique tombe tout de suite et je vais chercher le secours de la biographie ou du contexte de création de l'oeuvre. C'est comme ça que je fonctionne quand j'écris mes articles ou critiques. Quand je suis touchée, je vais partir de moi, de mon point de vue. Si je ne suis pas touchée, je vais partir d'éléments plus historiques.

Avez-vous déjà écrit une critique acerbe sur une œuvre ou un artiste?

Bien sûr. Mais la plupart du temps, j'écris pour des rédactions à qui je propose de parler d'expos que j'ai aimées, ce qui me met dans une situation très simple de prescription. Mais pour répondre à votre question, oui la critique négative, je l'ai déjà pratiquée. Etre critique, c'est assumer son point de vue, c'est aussi notre rôle de dire si une exposition n'a vraiment pas une scénographie valable, un choix d'oeuvres pas opportun ou un commissaire qui n'a pas tout mis de son côté pour le regardeur.

Quelles sont les qualités d'un bon chroniqueur?

La chronique radio à laquelle je me livre parfois est un exercice compliqué parce qu'il faut imaginer à qui l'on s'adresse, et du coup s'adapter aussi à la tranche horaire. Quand il est 19h et que les gens sont fatigués, dans leur voiture, il ne faut pas les endormir. Le matin en revanche, il ne faut pas brusquer les gens au réveil. C'est un travail de dosage d'énergie. Et d'imagination de qui l'on a en face, sans pouvoir voir qui-que ce soit.

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Racontez-nous une journée type.

Il n'y a pas de journée type, je n'ai pas une journée qui ressemble à l'autre. Hier j'étais dans la Drôme pour une résidence artistique que j'organise, demain je voyage pour couvrir une exposition pour un journal, après demain je rencontre une galerie pour écrire un texte et présenter leur artiste et la semaine prochaine j'ai une réunion pour monter une revue d'art contemporain. Mais dans une journée type, il y a une sieste de marin, 10 minutes, c'est parfait.

Où peut-on vous trouver à Paris?

La Galerie Particulière, dans le Marais est une galerie que j'aime beaucoup. C'est là que j'ai découvert Todd Hido qui est un de mes photographes préférés en ce moment. Pour les musées, je vais là où l'actualité me porte.

Todd Hido # 1731, 1997 La Galerie Particulière, Paris Todd Hido
# 1731, 1997
La Galerie Particulière, Paris

Sur quels projets travaillez-vous en ce moment?

Je m'occupe d'une résidence artistique en collaboration avec une maison de couture. J'écris des textes pour les galeries, le dernier en date étant pour la Galerie Vallois qui présente le travail de Henrique Oliveira. Et je fais pas mal de compte-rendus d'expositions pour le carnet culture de Grazia, l'agenda expo de Trois couleurs le news culturel des cinémas MK2, une émission télé, des chroniques à droite à gauche, mais surtout à gauche.

Quels changements observez-vous ces dernières années sur le marché de l'art?

Une forte digitalisation évidemment. Au début je regardais ce phénomène avec méfiance, je ne pensais pas que c'était possible d'acheter une oeuvre sans la voir. C'est une expérience physique quand même avant tout l'art. Aujourd'hui, l'idée me séduit un peu plus, je trouve l'offre aujourd'hui tellement énorme qu'on peut s'y perdre, comme dans un musée mondial. Internet est une porte ouverte à ce qui existe en ce moment. De gros efforts sont mis en œuvre sur les sites aujourd'hui pour mieux présenter les œuvres. Moi-même j'ai hésité à acheter un Boltanksi sur le net, alors...

Avez-vous déjà franchi le cap d'acheter une œuvre en ligne?

Une fois, oui, j'ai acheté un multiple de Claire Fontaine, collectif que j'aime bien. Sold out aujourd'hui, j'ai bien fait.

L'une des performances de Claire Fontaine L'artiste met feu aux milliers d'allumettes qui composent l'oeuvre Photo via t293.it L'une des performances de Claire Fontaine
L'artiste met feu aux milliers d'allumettes qui composent l'oeuvre
Photo via t293.it

Retenteriez-vous l'expérience?

Avec un objet que j'ai déjà vu et qui est disponible sur internet, pourquoi pas.

Que pensez-vous du monde des enchères?

Je n'en pense pas grand chose. C'est seulement le reflet d'un monde qui fonce en avant, à grande vitesse, avec ce côté spéculatif qu'on ne contrôle pas et qui peut être effrayant. Sans parler du monde des enchères, d'une manière générale, les œuvres contemporaines ultra cotées qui valent plus qu'un Velázquez, je trouve ça un peu démesuré. On vit une époque un peu folle ou un Balloon dogs de Koons peut atteindre les 59 millions de dollars battant à pleine couture un Cézanne... Je suis un peu inquiète quand je réalise que certains collectionneurs (et même galeristes) considèrent les oeuvres d'art comme des produits, de purs placements spéculatifs. Il ne faut pas perdre de vue la création elle-même.

Comment attirer plus de jeunes vers l'art et la culture?

Ce qui est fait pour le jeune public est fort en ce moment. La transition a été faite pendant les années Jack Lang avec la gauche au pouvoir qui a compris qu'il fallait un discours spécifique pour les jeunes. Des ateliers remarquables sont proposés pour les enfants dans les musées - le MAC/VAL, le centre pompidou et le Palais de Tokyo font un travail extraordinaire-, notamment auprès de populations qui n'ont pas forcément accès à l'art pour le cas du Mac Val. Sans miser tout sur le digital, vraiment pas, il est aussi une porte d'entrée. L'accès est facilité, moins inhibant que de passer le pas d'une galerie.

Quels sont les évènements que vous attendez avec impatience en cette rentrée?

Jeff Wall à la Fondation Henri Cartier-Bresson. Il y a aussi la Biennale de Lyon. Paris photo. La rentrée des galeries qui m'excite aussi...

Que pensez-vous d'un site comme Barnebys?

C'est un agrégateur fonctionnel, et s'il marche c'est qu'il y a une demande ! Suis assez libérale là dessus.

Interview par Astrid Rosetti.

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