François-Xavier (1927-2008) et Claude Lalanne (née en 1924), duo artistique et partenaires de vie, ont développé un univers plastique atypique fondé sur une vraie complémentarité. Il trouve un intérêt pour les animaux, elle pour les plantes et fleurs. Connus pour « co-créer » des pièces plutôt que de collaborer, ils parviennent à transmettre un peu de leurs pratiques respectives aux œuvres qu’ils créent ensemble. Au cours des années 1960, le couple attire l’attention de Pierre Bergé et d’Yves Saint Laurent, qui les commissionnent pour plusieurs projets et leur apportent une visibilité mondiale. Leur carrière compte de très nombreuses expositions et leurs installations publiques sont visibles de Londres à New-York.

François-Xavier et Claude Lalanne, image via cornichewatches.com François-Xavier et Claude Lalanne, image via cornichewatches.com

Inutile de préciser que la présence de leurs œuvres dans une vente aux enchères fait quelques sensations.

C’est donc lors d’une vente chez Christie’s en février 2009 que deux œuvres fondamentales de la carrière du couple trouvent acquéreur pour des sommes extraordinaires. Les deux pièces sont d’ailleurs classées encore aujourd’hui à la 4ème et 6ème place des records atteints pour des œuvres des Lalanne sur Barnebys.

La première, Ensemble de quinze miroirs aux branchages, en bronze doré et cuivre galvanique, est réalisée par Claude Lalanne. Cette pièce est l’une des manifestations de l’amitié entre Yves Saint Laurent et l’artiste, puisque c’est sous une requête spéciale du couturier que les miroirs ont vu le jour. À la suite d’une première commande de deux miroirs en 1974, Yves Saint Laurent demande à Claude Lalanne si elle peut recouvrir les murs de la pièce avec ses créations. Comme l’artiste le déclare, c’est un travail considérable qui prendra du temps. Plus de dix ans pour être exact, car le dernier miroir est posé en 1985, dans la pièce qui a porté le nom de « Salon des Miroirs ». L’œuvre, estimée lors de la vente entre 700 000 et 1 000 000 d’euros, atteint 1 857 000 euros.

Ensemble de quinze miroirs aux branchages, 1974-1985, image ©Christie's Ensemble de quinze miroirs aux branchages, 1974-1985, image ©Christie's

La seconde, réalisée par François-Xavier Lalanne, est également une commande spéciale. Le Bar YSL de 1965, est la première commande passée par Yves Saint Laurent et Pierre Bergé à l’artiste. Le bar a été initialement réalisé pour le Salon de la Place Vauban. Objet d’une étonnante conception en maillechort et laiton, le Bar YSL est adjugé pour un ahurissant 2 753 000 euros, contre une estimation comprise entre 200 000 et 300 000 euros.

Bar YSL 19, image ©Christie's Bar YSL 1965, image ©Christie's

Ce Lapin de Victoire en bronze exécuté en 2001 par Claude Lalanne, est une pièce unique quelque peu « enchanteresse ». L’œuvre se vend en 2014 chez Sotheby’s pour 1 830 000 euros (plus de 10 fois son estimation basse). C’est au cours des années 1960, en travaillant conjointement avec son mari, que l’artiste commence à explorer l’univers animal. Cette œuvre semble venir tout droit d’un conte de fées et on ne peut s’empêcher de faire la connexion avec Alice au Pays des Merveilles. Dans l’imaginaire de l’artiste, ce lapin debout sur ses pattes tenant une grande pousse de chou, devait être placé dans un jardin, caché dans les feuillages, pour que seule la tige de chou ne dépasse de la végétation et incite les passants à venir dénicher son gardien.

Le lapin de victoire, image ©Sotheby's Le lapin de victoire, 2001, image ©Sotheby's

En novembre 2017 chez Sotheby’s, Bar Les Autruches, 1967-1970, de François-Xavier Lalanne, fait un score magnifique de 6 191 150 euros et frôle record mondial de l’artiste (tenu par un autre exemplaire). Pas loin derrière, on trouve les Moutons de Pierre, un groupe de dix moutons adjugé pour 6 020 000 euros en décembre 2011. Le bar est daté de 1970, chaque autruche est individuellement datée de 1967 et porte le signe de la Manufacture de Sèvres. Le Bar Les Autruches provenait de la collection de Jacques Grange.

Bar Les Autruches, 1967-1970, image ©Sotheby's Bar Les Autruches, 1967-1970, image ©Sotheby's

C’est Claude Lalanne qui clôt notre sélection avec une œuvre qui part lors d’une vente chez Sotheby’s en décembre 2017 pour 1 840 000 euros (avec une estimation entre 296 000 et 424 000 euros). Le Bureau Crocodile, en bronze patiné et poli, daté de 2009, est le numéro 6 d’une édition de 8. L’utilisation de la figure du crocodile dans la pratique de Claude Lalanne découle d’une expérience surréaliste lors d’une visite dans un zoo. Elle demande au directeur de l’établissement le droit de récupérer la dépouille d’un crocodile lorsque la situation se présentera. Sa requête est acceptée et plus tard, l’artiste entre en possession de ce qui deviendra une inspiration majeure pour son imaginaire artistique. Le reptile fait partie intégrante de son œuvre et figure sur de nombreuses pièces, comme des fauteuils, banquettes, tables basses ou chandeliers.

Bureau Crocodile, image droite ©Ben Brown Fine Arts, image gauche ©Sotheby's Bureau Crocodile, daté de 2009, image gauche: ©Ben Brown Fine Arts, image droite: ©Sotheby's

Gardons un œil dans les salles de ventes, peut-être Les Lalanne nous surprendront-ils encore ?

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