Peu à peu délaissée par les grands collectionneurs et les prestigieux marchands étrangers, surtout lors de l’édition 2016, la Biennale Paris est en quête d’une renaissance internationale. Pour retrouver son rayonnement d’antan, la Biennale a choisi pour président de l’édition 2017 l’américain francophone Christopher Forbes. Placé à la tête du comité de sélection, qui a validé la participation des 93 exposants de la présente édition (dont un tiers d’étrangers), Christopher Forbes est l’ambassadeur de poids dont la Biennale avait besoin.

Christopher Forbes. Crédit: le Quotidien de l'Art Christopher Forbes. Crédit: le Quotidien de l'Art

Ce passionné du XIXème siècle français, petit-fils du fondateur de l’empire Forbes, apparaît comme la personne clef pour séduire des collectionneurs du monde entier, notamment parmi ses concitoyens, qui se sont faits rares l’an dernier suite à la série d’attentats parisiens.

Aux côtés de Christopher Forbes, d’autres bénévoles d’honneur comme Tom Kaplan (plus gros collectionneur privé au monde de Rembrandt) et le Cheikh qatari Hamad Bin Abdullah Al Thani (dont la collection de bijoux moghols a récemment illuminé le Grand Palais) joueront le rôle de diplomate pendant l’événement, comme ils l'ont joué en amont, en vue de rassembler des collectionneurs fortunés.

Ainsi, si l’ancrage dans un réseau international était devenu le talon d’Achille de la Biennale des Antiquaires, tout semble avoir été fait pour qu’il ne soit pas celui de la Biennale de Paris.

Pour que la Biennale et, en cascade, Paris, redeviennent le carrefour incontournable du marché de l’art dès la mi-septembre (il ne fait aucun doute qu’en octobre, avec la Fiac, Paris est effectivement le carrefour mondial du marché), l’événement sera accompagné de plusieurs autres, notamment deux expositions attractives qui débuteront aux musées Marmottant Monet et Jacquemart-André. Le premier proposera une exposition autour de Monet collectionneur, le second sur Le jardin secret des Hansen - La collection Ordrupgaard (débuts respectifs les 14 et 15 septembre).

Via Musée Marmottan Monet, Musée Jacquemart André Via Musée Marmottan Monet, Musée Jacquemart André

Toujours dans l’optique d’instaurer à Paris une semaine d’excellence de rentrée culturelle et artistique, les organisateurs ont également tissé un partenariat avec Chantilly Art & Elegance Richard Mille.  En effet, le Domaine de Chantilly accueille le 10 septembre (jour du vernissage de la Biennale Paris) des collectionneurs venus du monde entier pour les automobiles historiques et de collection qui y seront présentées.

Enfin, il ne faut pas oublier Parcours des mondes, pour les passionnés d’arts premiers, qui se tiendra à une journée près aux mêmes dates. Cette dynamique commune (mais pas nécessairement coordonnée) d'un ensemble d'acteurs économiques (galeries, antiquaires, foires, salons, musées) semble donc optimale pour attirer à Paris tout un écosystème de collectionneurs, marchands et autres acteurs majeurs du marché de l’art.

Un autre changement de taille concerne les mesures prises pour définitivement sortir des scandales de faux qui ont pu entacher la renommée de la Biennale, notamment l’an dernier. Intransigeante dans son vetting (vérification de l’authenticité des pièces par des experts), la Biennale a désormais exclu les exposants de son comité de sélection.

Frédéric Castaing, président de la Compagnie nationale des experts, et Michel Maket, président du syndicat français des experts professionnels, co-président la Commission d'Admission des Oeuvres (CAO), qui a d’ailleurs fait appel à la société ArtAnalysis pour mener des enquêtes scientifiques d’authentification.

Réflectographie infrarouge d’une Vierge à l’Enfant italienne du XVe siècle par ArtAnalysis. © ArtAnalysis. Via le Quotidien de l'Art Réflectographie infrarouge d’une Vierge à l’Enfant italienne du XVe siècle par ArtAnalysis.
© ArtAnalysis. Via le Quotidien de l'Art

Ainsi la science vient enfin à la rescousse de la Biennale pour restaurer la confiance. Il était temps. La Brafa (la foire d’art et d’antiquités de Bruxelles) ou la Tefaf avaient, par exemple, déjà pris de telles dispositions depuis longtemps. Même le secteur des enchères y est progressivement obligé (Sotheby’s a acheté Orion Analytical en 2016), tant les affaires judiciaires embarrassantes furent nombreuses récemment.

Sur le marché du mobilier, ces affaires ont indéniablement accéléré la dépréciation des œuvres, comme les meubles des "rois Louis", qui faisaient autrefois la gloire de la Biennale.

Capture d’écran 2017-09-08 à 14.29.17 copie Photo sièges. Photo des faux sièges XVIIIème acquis par le Château de Versailles l’an dernier, commandés par le célèbre expert Bill Pallot (qui a fait quatre mois de prison), embauché par la galerie Aaron, désormais exclue de la Biennale de Paris.

Côté opérationnel maintenant, la Biennale Paris a renoncé au Salon d’honneur, qui était à l’étage. Cette année, tous les exposants seront concentrés sous la Nef du Grand Palais.

Une exposition hommage, réunissant les œuvres de quatre générations de la dynastie Barbier-Mueller se tiendra à chaque extrémité de la majestueuse verrière. De l’art des Samouraïs (collectionné par Gabriel Barbier-Mueller) à l’art contemporain (collectionné par Stéphane Barbier-Muller) en passant par la numismatique et peinture du XVIIIe siècle (collectionné par Thierry Barbier-Mueller), les œuvres présentées seront d’une diversité fascinante. En plus de ces œuvres emblématiques, des pièces ayant appartenu au grand père, Josef Barbier-Mueller, aux parents Jean-Paul et Monique Barbier-Mueller, et à Diane Barbier-Mueller feront aussi partie de ce dialogue artistique intergénérationnel.

Statuette féminine (Guinée-Conakry, Baga XIXe siècle), Masque (République du Congo, Hongwe ou Ngare XIXe siècle), Tabouret royal (rü mfo Bamum, atelier de la cour de Fumban, Cameroun, seconde moitié du xixe siècle) - Musée Barbier-Mueller, Casque japonais (Début de l’époque Edo, XVIIe siècle) - The Ann & Gabriel Barbier-Mueller Museum : The Samurai Collection, Jeff Koons Woman in tub 1988 - Collection Monique Barbier-Mueller Statuette féminine (Guinée-Conakry, Baga XIXe siècle), Masque (République du Congo, Hongwe ou Ngare XIXe siècle), Tabouret royal (rü mfo
Bamum, atelier de la cour de Fumban, Cameroun, seconde moitié du xixe siècle) - Musée Barbier-Mueller, Casque japonais (Début de l’époque Edo, XVIIe siècle) - The Ann & Gabriel Barbier-Mueller Museum : The Samurai Collection, Jeff Koons Woman in tub 1988 - Collection Monique Barbier-Mueller

Véritable célébration de la vocation de collectionneur, cette exposition témoigne du souhait de la Biennale de remettre la figure du collectionneur au centre de l’attention.

85% des exposants de l’an dernier seront à nouveau présents. Ruhlmann, Royère, Giacometti, les stars du marché de l’Art déco seront à l’honneur chez plusieurs galeristes. Les tapisseries représentant des scènes de chasse, proposées par la galerie Chevalier-Parsua, ne manqueront pas non plus d’attirer les foules. Tissées au fil d’or par la manufacture des Gobelins, elles furent commandées par le ministre de Louis XIV, Colbert.

Ailleurs, un chef d’œuvre à ne pas manquer est un sublime bureau à fond secret, conçu sous Louis XV par l’ébéniste Jean-François Oeben. Le bureau sera visible dans l’espace d’exposition de l’antiquaire Philippe Perrin, spécialiste reconnu du mobilier classique français. Enfin, les passionnés de peinture XXème trouveront quelques tableaux intéressants.

Seul bémol : quelques joailliers prestigieux seront regrettés. Le retour de certaines maisons comme Chaumet, Van Cleef & Arpels ou Boucheron, qui tournent le dos à la Biennale depuis 2016, fera partie des grands objectifs de l’édition 2018.

Ce grand musée éphémère qu’est la Biennale de Paris ouvrira ses portes du lundi 11 au dimanche 17 septembre, de 11h à 21h . Les nocturnes (ouverture jusqu’à 23h) auront lieu mardi et jeudi. Retrouvez toutes les informations ici. Retrouvez l'intégralité du dossier de presse ici. Ci-dessous, la vidéo de l'édition 2016.

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