L'affiche de l'exposition L'affiche de l'exposition

Si le public a en effet encore à l'esprit les grandes expositions parisiennes de ces cinquante dernières années sur le Mexique, les Mayas, les Aztèques, l'or du Pérou, de Colombie ou sur l'empire Inca, il était en effet fort rare de pouvoir découvrir les œuvres pourtant riches et variées de cet espace coincé entre le Pérou et la Colombie.

Principalement deux raisons à cela : l'absence de grandes campagnes de fouilles encadrées, celles-ci ayant plutôt été dirigées sur les pays voisins, ensuite très peu d'ouvrages disponibles sur ces cultures (le catalogue de la vente Loudmer à Drouot de Juin 1989 « Collection Sabolo » ayant longtemps représenté la plus complète source d'information sur la question). Il s'agit donc ici d'une véritable exposition découverte, fruit d'un partenariat heureux entre le Musée du Quai Branly et les institutions muséales de l'Equateur et abordée sous l'angle du chamanisme.

Vue de l'exposition Photo: Jean-Christophe Argillet Vue de l'exposition
Photo: Jean-Christophe Argillet

Dans toutes les cultures précolombiennes, le chamane est le personnage clef de chaque clan, tribu, village. Tantôt chef, sage, sorcier ou guérisseur, il est celui qui fait le lien entre l'infra et le supra monde, capable de les pénétrer par la prise d'hallucinogènes ainsi que de consulter les esprits pour conseiller son clan.

C'est de ce fait le personnage le plus représenté par la statuaire, tantôt associé au jaguar, symbole de la force et du feu, tantôt au serpent, symbole de l'eau et de fertilité, enfin à l'aigle, symbole de l'air.

Se succèdent ainsi les représentations, en terre cuite principalement, de chamanes assis, debout, allongés, officiant sur des trônes, tantôt en état de transe, tantôt pas. Richement parés d'armures de plumes, de narigueras (ornement nasal), de parements d'oreilles circulaires ou en forme de conques marines, de grains de café. Des coiffes ou masques sophistiqués frisant parfois le baroque mélangeant plumes, oiseaux, volutes en pastillages ou incisions. Visages anthropozoomorphes aux crocs de félins, aux langues bifides de reptiles d'où émane parfois une grande violence, l'effrayant et la mort et à l'inverse certaines expressions recueillies et apaisantes, presque naïves. Des œuvres très contrastées donc qui peuvent difficilement laisser indifférent.

Chamane à coiffe de coquillages marins, terre cuite, culture Jama Coaque, 350 avant-400 après JC, hauteur : 37cm Photo: Jean-Christophe Argillet Chamane à coiffe de coquillages marins, terre cuite, culture Jama Coaque, 350 avant-400 après JC, hauteur : 37cm
Photo: Jean-Christophe Argillet

Rompant un peu avec le thème directeur de l'exposition, on remarquera une étonnante représentation d'un personnage malade, le visage couvert de pustules, quelques curieuses maisons-temple ainsi que certaines représentations de prisonniers maintenus sur des plate formes ou litières.

Terres cuites culture La Tolita 400 avant – 400 après JC Photo: Jean-Christophe Argillet Terres cuites culture La Tolita 400 avant – 400 après JC
Photo: Jean-Christophe Argillet

Fait assez remarquable et que révèle cette exposition, la statuaire précolombienne d'Equateur n'a stylistiquement rien à voir (à l'exception de la culture Tumaco-La Tolita jouxtant la Colombie) avec celle de ses directs voisins, principalement le Pérou. Le traité des formes et des visages est totalement différent, les mythologies également pour des peuples qui se sont pourtant côtoyé durant trois millénaires.

Quelques bémols cependant. Le choix de l'espace mezzanine de Branly un peu réduit pour accueillir autant de pièces créant par endroit un effet d'entassement et de redondance entre les œuvres. Un choix limité aux cultures Chorrera (très peu), Jama Coaque, Bahia et La Tolita et trop systématiquement datées 400 avant – 400 après JC alors que les test de thermo pratiqués sur ces pièces nous apprennent qu'elles ont subsisté jusqu'au XVème siècle de notre ère. Enfin, une sur-restauration de nombreuses terre cuites présentées sur lesquelles on ne retrouve ni les oxydations ni les manques dus à l'enfouissement (et donc la patine du temps) ce qui a fait dire à l'un de mes voisins de visite "il ne peut s'agir que de copies". C'est dommage car ce n'est pas le cas.

Récipient en forme de monstre, terre cuite, culture Jama Coaque, 350 avant-400 après JC , 29 X 49 X 31 cm Photo: Jean-Christophe Argillet Récipient en forme de monstre, terre cuite, culture Jama Coaque, 350 avant-400 après JC , 29 X 49 X 31 cm
Photo: Jean-Christophe Argillet

La beauté et l'intérêt de l'ensemble sont néanmoins indéniables et je ne peux qu'inciter tous les esprits curieux à venir découvrir cette rare exposition.

Intéressant et riche catalogue de l'exposition à 42€ (Editions Actes Sud). A recommander également « L'Art secret de l'Equateur précolombien » aux Editions 5 Continents.

Quai Branly, du mardi 16 février 2016 au dimanche 15 mai 2016.

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