Petra Cortright, image via Amuse Petra Cortright, image via Amuse

Petra Cortright, c’est tout un kaléidoscope d’images et de données qui fait « œuvre », en même temps qu’il interroge sur les possibilités infinies d’Internet.

Archéologue du Net

Née le 19 juillet 1986, à Santa Barbara, en Californie, Petra Cortright a grandi à l’ère du numérique, en même temps que le réseau dont elle connaît les codes et les arcanes, fussent-ils en perpétuel mouvement. Après avoir étudié à Parsons, une école de design et de mode basée à New York, et au California College of Arts de San Francisco, elle s’installe à Los Angeles où son premier fait d’armes artistique prend la forme d’une vidéo filmée avec sa webcam.

Petra Cortright in « VVEBCAM 2007 », image via YouTube Petra Cortright in « VVEBCAM 2007 », image via YouTube

Posté sur la chaîne naissante YouTube, ce film de moins de deux minutes, passif et traversé d’effets spéciaux kitsch, témoigne déjà d’une intense réflexion sur la consommation des images et des données numériques, véhiculées à grande vitesse et aux quatre coins du monde au gré des partages, tags et autres mots clés.

Petra Cortright, still from « when you walk through the storm », posted in November 2009, image via YouTube Petra Cortright, still from « when you walk through the storm », posted in November 2009, image via YouTube

Pour Petra et plusieurs artistes de sa génération, comme Jon Raffman, Artie Vierkant ou Constant Dullart, regroupés sous le vocable « post-internet », le web est non seulement un univers artistique à part entière, fournissant sources d’inspiration et matériaux recyclables en quantité infinie, mais également un champ d’expérimentation, d’échange et d’interaction avec le public.

Dans les vidéos suivantes et productions hétéroclites au format GIF où elles se met régulièrement en scène, l’artiste approfondit cette réflexion sur Internet en tant que contenu et contenant, souligne plus qu’elle ne dénonce, à l’instar de Warhol et du Pop Art, la banalisation des images démultipliées, leur perte de sens ou la dilution de leur signification originelle dans un grand tout foutraque et en recomposition permanente.

Petra Cortright, still from « DRK PARA », posted in November 2013, image via YouTube Petra Cortright, still from « DRK PARA », posted in November 2013, image via YouTube

Petra appréhende le web dans son ensemble, attentive aux évolutions technologiques et aux effets spéciaux qu’offrent les logiciels, mais agissant aussi en « archéologue », se plongeant dans les premières couches sédimentaires de la toile pour en extraire une imagerie déjà désuète et les déchets numériques du passé immédiat pour les recombiner dans des œuvres nouvelles dont le caractère éphémère et éternel donne une sorte de vertige.

Impression devant l’écran

Outre ses productions en ligne, Petra s’est lancée ces dernières années dans la réalisation de « peintures » plus tangibles, à l’intention notamment des galeries.

Petra Cortright, « Brunettefat chicksfat chicks nudefat », 2014, image via Artnews Petra Cortright, « Brunettefat chicksfat chicks nudefat », 2014, image via Artnews

Ses créations numériques, faites de collages, de surimpressions, de reproductions et d’assemblages divers à partir de ce qu’elle appelle un « fichier mère », acquièrent une nouvelle dimension sur des supports en plexiglas ou en aluminium, mais également en soie ou en lin. L’artiste a ainsi recyclé des thèmes floraux et paysagers chers aux impressionnistes et surtout à Claude Monet, dont elle revendique l’influence (et le coup de pinceau) dans son travail, transposant l’expérience sensible de voir et de peindre la France du XIXesiècle dans son univers globalisé et ultra-médiatisé du XXIe.

Petra Cortright, « FRANQUICIAS*.* », 2015, image via We-heart.com Petra Cortright, « FRANQUICIAS*.* », 2015, image via We-heart.com

Mais autant les impressionnistes privilégiaient les décors extérieurs, autant la démarche de Cortright est résolument confinée à l’intérieur, devant des écrans d’ordinateurs et interfaces mobiles dont elle étudie également les variations de lumière et de couleurs derrière des lunettes de « gamer ».

Petra Cortright, « Untitled », image via Curiator Petra Cortright, « Untitled », image via Curiator

Ces séances de peinture à la palette numérique peuvent durer jusqu’à douze heures d’affilée, évoquant d’une certaine manière le travail de la performeuse Marina Abramovic, dont Petra assume aussi la filiation.

La place de la femme

La pornographie et la représentation du corps féminin nourrissent également l’œuvre plastique et numérique de l’artiste californienne. « Niki, Lucy, Lola, Viola », une exposition personnelle présentée en 2015 à la Fondation Depart, à Los Angeles, plonge le public dans l’univers fantastique de ses stripteaseuses géantes et virtuelles, élaboré à grand renfort de logiciels décapants et de techniques d’animation synthétique empruntées au cinéma, notamment le fond vert, partie intégrante de la création.

From the exhibition « Niki, Lucy, Lola, Viola » by Petra Cortright, held in 2015 in Los Angeles, image via Pinterest From the exhibition « Niki, Lucy, Lola, Viola » by Petra Cortright, held in 2015 in Los Angeles, image via Pinterest

A l’opposé d’une narration cinématographique classique, Petra Cortright utilise les codes visuels et narratifs des ados du Net pour développer son propos sur l’exploitation et la marchandisation du corps.

Depuis 2014, Cortright, en association avec son compagnon Marc Horowitz, collaborent avec la créatrice de mode Stella McCartney à travers des productions vidéo qui mettent en valeur les matières et motifs des collections de la styliste, profitant ainsi de la notoriété de l’artiste sur la toile en général et sur YouTube en particulier.

Si l’art numérique n’en est encore qu’à ses balbutiements en termes de monétisation, Petra Cortright, dont le travail a été salué dans de nombreuses manifestations internationales d’art contemporains (Venise, Lyon…), tire d’ores et déjà son épingle du jeu grâce à un réseau de galeristes militants qui vendent aujourd’hui ses œuvres au-delà de 50 000 euros.

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