Parce qu'il est l'incarnation du beau, du mystère, du désir et de l'interdit, le nu a toujours été une forte source d'inspiration pour les artistes.

A elle-seule, la nudité pourrait expliquer plus de cinq siècles d'Histoire de l'art tant se sont incarnées dans ce sujet les évolutions du parcours artistique de l'Humanité. Nous vous proposons aujourd'hui un tour d'horizon des plus beaux nus qui ont marqué plusieurs siècles d'art dévêtu.

Au Moyen-Age, la nudité est associé au péché, et peu d'artistes s'y risquent. La Renaissance va changer tout cela. Dans un élan de liberté, le nu retrouve la place qui lui est dû et qui avait bien manqué depuis l'Antiquité.

La religion est toujours très présente et tous les codes ne sont pas chamboulés d'un coup. De Michel-Ange à De Vinci, le corps dénudé est glorifié mais toujours contrôlé, dans la pure tradition chrétienne.

Ci-dessous, Simonetta Vespucci, le modèle qui a inspiré la Vénus de Botticelli (1445-1510), est alors considérée comme l'incarnation de la beauté vénitienne. Mais là encore, sa nudité est drapée.

Détail de La naissance de Vénus, Sandro Botticelli (1484 - 1486) Florence, Galerie des Offices Détail de La naissance de Vénus, Sandro Botticelli (1484 - 1486)
Florence, Galerie des Offices

On fait un saut dans le temps avec Fransisco de Goya (1746-1828), ce peintre espagnol connu pour ses représentations de femmes. Dans l'Espagne catholique et ultra-conservatrice du XIXe siècle, Goya fait exploser cinq siècles d'interdits en peignant la femme nue et découverte.

Sans signification théologique ou politique, la femme est représentée nue, allongée, heureuse et libre.

La maja desnuda Francisco Goya, c. 1797–1800 Museo del Prado La maja desnuda
Francisco Goya, c. 1797–1800
Museo del Prado

Cette liberté de peindre le nu sera jamais brisée. Jean-Auguste-Dominique Ingres, lorsqu'il peint La Grande Odalisque en 1814, déforme volontairement le corps (le dos et le bras droit sont trop longs, l'angle de la jambe gauche est peu naturel) pour favoriser la beauté du modèle plutôt que la vraisemblance. Il ne rend pas compte de la réalité anatomique du nu mais peint son modèle à sa manière, comme il se l'imagine.

Jean Auguste Dominique Ingres La Grande Odalisque, 1814 Musée du Louvre Jean Auguste Dominique Ingres
La Grande Odalisque, 1814
Musée du Louvre

A l'aube du XXe siècle, Edgar Degas (1834-1917) offre au monde des dessins de nus dont la beauté anatomique ne laisse pas indifférent. Il dessine des femmes dans leur intimité, au moment de leur toilette, en cernant d’un trait sombre et sensuel les contours de leur corps.

Edgar Degas (1834-1917) Après le bain, femme nue s'essuyant la nuque, 1898 Pastel sur carton © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski Edgar Degas (1834-1917)
Après le bain, femme nue s'essuyant la nuque, 1898
Pastel sur carton
© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

A l'avant-garde de la peinture, Picasso et Braque travaillent eux-aussi le nu, mais sous un tout nouveau regard. Que ce soit dans Les Demoiselles d'Avignon (1907) ou Le Grand Nu (1907-1908), les oeuvres s'imposent comme des visions de corps, bien au-delà du corps lui-même.

Alors que la peinture a cherché l'exactitude anatomique pendant des siècles, le cubisme fait apparaître le ressenti, l'expression, la représentation subjective des corps.

Georges Braque, Le Grand Nu Musée national d'art moderne, Paris Georges Braque, Le Grand Nu
Musée national d'art moderne, Paris

Au début du XXe siècle, la recherche de l'âme dans le nu va encore plus loin avec Egon Schiele (1890-1918). Le peintre expressionniste allemand est celui qui introduit dans l'art une sexualité crue et assumée. S'inspirant très souvent de prostituées qu'il peint dans des positions parfois caricaturales, il fait part de ses désirs et frustrations.

Egon Schiele, Fille aux cheveux noirs sans jupe (1911) Leopold Museum, Vienne, Autriche Egon Schiele, Fille aux cheveux noirs sans jupe (1911)
Leopold Museum, Vienne, Autriche

Au cours des années 1950, Henri Matisse (1869-1954) interprète lui aussi le Nu dans un style unique et reconnaissable entre tous. Après le "démembrement des corps" imaginé par les cubistes, Matisse ajoute une touche colorée au corps qui nous éloigne encore un peu plus de la représentation réaliste.

Le corps n'est plus que forme, idée, concept que l'artiste matérialise dans un aplat de couleurs rayonnant.

Henri Matisse, Nu Bleu II © 2014 SUCCESSION H. MATISSE / ARTISTS RIGHTS SOCIETY (ARS), NEW YORK Henri Matisse, Nu Bleu II, 1961
© 2014 SUCCESSION H. MATISSE / ARTISTS RIGHTS SOCIETY (ARS), NEW YORK

Après la Seconde Guerre mondiale, le pop art, dans les années 1960, se réapproprie des images commerciales de nus, jusqu'à les emmener parfois la limite du pornographique, comme dans certaines oeuvres de Tom Wesselmann (1931-2004).

Tom Wesselmann Great American Nude #92 1967 © 2006 Estate of Tom Wesselmann, Courtesy L&M Arts Tom Wesselmann
Great American Nude #92 1967
© 2006 Estate of Tom Wesselmann, Courtesy L&M Arts

Aujourd'hui, dans nos sociétés où l'intime et le privé sont de plus en plus confondus (notamment sur Internet), on remarque un retour au dévoilement maîtrisé. Là est le défi du Nu: suggérer une vérité sans jamais l'affirmer.

Notre histoire s'arrête ici mais l'Histoire, elle, va bien au-delà de ces quelques oeuvres. Le Nu ne se limite évidemment pas à la peinture, et il existe dans la sculpture ou la photographie des milliers d'autres nus artistiques qui mériteraient d'être cités.

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