Une grande étude de nu, qui a servi de modèle à l'un des plus grands autels jamais commissionnés à Rubens, sera offerte lors de la vente de dessins de maîtres anciens prévue le 30 janvier à New-York. Ce dessin, en possession de la famille royale néerlandaise depuis les années 1830, n’est comparable qu’à une poignée d’œuvres de Rubens vendues aux enchères depuis le milieu des années 1900.

L’œuvre dépeint un jeune homme à la musculature apparente essayant de soulever un objet lourd au-dessus de sa tête. L’étude préparatoire a servi à la conception du célèbre autel de l'église Sainte-Walburge à Anvers en 1609-1610, représentant L’Érection de la croix.

L’Érection de la croix dans la cathédrale Notre-Dame d'Anvers, image via Smarthistory L’Érection de la croix, dans la cathédrale Notre-Dame d'Anvers, image via Smarthistory

Le dessin a une provenance exceptionnelle, à commencer par l’artiste du XVIIIe siècle (et collectionneur de Rubens) Jacob de Wit. Il est est ensuite passé entre les mains de Sir Thomas Lawrence, l'artiste britannique, collectionneur et dirigeant de la Royal Academy. Dans les années 1830, il est acquis par le roi des Pays-Bas Guillaume II, afin d’être accroché aux côtés de chefs-d’œuvre de Raphaël, Michel-Ange, de Vinci et de Rembrandt, dans l'une des plus grandes collections d'art de l'époque. L’esquisse est restée en possession de la famille royale depuis.

L’Érection de la croix dans la cathédrale Notre-Dame d'Anvers, image via Smarthistory L’Érection de la croix, dans la cathédrale Notre-Dame d'Anvers, image via Smarthistory

Dessiné avec une clarté exceptionnelle et une technique magistrale, l'œuvre met également l’accent sur la méthode créative de l'artiste. La figure du jeune homme s’étend jusqu'aux bords de la feuille et, malgré la coupure des mains, semble avoir des dimensions bien précises. Les études de personnages à l’époque de Rubens étaient dessinées avec une telle énergie que l’espace venait souvent à manquer, si bien qu’il n’est pas rare de voir des sujets privés de leur pied ou de leur main, réalisés sur une feuille séparée.

Malgré des contours affirmés, on peut s’imaginer que Rubens était encore en train de déterminer le positionnement exact de son personnage dans l’œuvre finale. La jambe gauche de la figure, par exemple, était initialement dessinée légèrement plus courbée et plus avancée que dans la version de l’autel, où la jambe gauche est positionnée plus près de la droite.

L’Érection de la croix (détail), Sir Peter Paul Rubens, image via Flickr L’Érection de la croix (détail), Pierre Paul Rubens, image via Flickr

Dans L’Érection de la croix, le jeune homme du dessin est un soldat vêtu d’une armure. Rubens s’est familiarisé avec la méthode de l'étude du nu comme étude préliminaire lors de son séjour en Italie, une période qui a changé sa production artistique à presque tous les niveaux. Au cours de son voyage, Rubens découvre les maîtres de la Renaissance, comme Michel-Ange, Raphaël, Correggio, Mantegna ou Titien, et s’en inspire profondément. Dans ce dessin, les influences de Michel-Ange sont évidentes, de même que le style baroque de Carracci, avec lequel Rubens a vécu et travaillé pendant son séjour à Rome.

L’œuvre sur papier, estimée entre 2,5 et 3,5 millions de dollars, entrera en salle des ventes chez Sotheby’s le 30 janvier à 10h.

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