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Lettres à madame d'Houdetot (17 lettres et 3 copies), et au marquis
Vendu

À propos de l'objet

Ce remarquable ensemble comprend :- 17 lettres autographes signées de Jean-Jacques Rousseau à Mme de Houdetot entre le 1er octobre 1757 et le 23 avril 1758. (en tout 68 p. in-4 ou petit in-4 à l'encre brune sur feuillets doubles).- 3 lettres à la même copiées : lettre du 2 novembre copiée par Madame de La Briche à qui Elisa d'Houdetot (petite-fille de la comtesse) avait donné l'original ; lettre du 4 novembre par Madame de Bazancourt (Elisa d'Houdetot) ; et enfin lettre du 23 avril (dont l'original figure dans cet ensemble) par Frédéric d'Houdetot, son petit-fils.- une lettre de Rousseau au marquis de Saint-Lambert datée du 15 septembre 1757. - une liste intitulée « note des lettres originales de J.J. Rousseau » dressée en deux exemplaires  par Frédéric d'Houdetot.Certaines des lettres mentionnées dans cette liste ne figurent pas dans cet ensemble. 1) 1er octobre 1757 (4 p. in-8, 188 x 125 mm, encre brune, A l'hermitage le 1er 8bre). Triste et amer, Rousseau se plaint et s'isole. Il évoque Grimm, Diderot et Madame d'Epinay ; ainsi que la copie de Julie qu'il compte lui faire : "Je suis bien aise que Mme d'Epinay vous ait parlé de mon prochain raccommodement avec Grimm. Me rendre un ami, c'est effacé bien des torts ; mais le plus sûr moyen pour elle de me faire oublier tous les siens, c'est de ne plus en avoir avec vous, et de vous traiter désormais comme sa sœur et son amie [...] Diderot n'est point venu, j'ai écrit à votre ami [Saint-Lambert] depuis trois semaines et ne reçoit aucune réponse. J'ignore encore comment je serai reçu de Grimm ; vous savez trop ce que je dois penser de Mme d'Epinay [...] Dès que j'aurai fini ma copie des lettres de Julie, je commencerai la vôtre, mais je vous prie d'apporter pour cela du papier d'une forme qui vous convienne, car je n'en ai plu ici d'aucune espèce". 2) 29 octobre 1757 (4 p. in-8, 193 x 134 mm, encre brune, A l'hermitage le 29 8bre 1757). Rousseau et Sophie se sont vus quelques jours plus tôt, le philosophe est encore transporté par cette rencontre. Il est amer envers les courtisans et ses anciens amis. Il lui réitère son amitié et prend des nouvelles de Saint-Lambert dont il s'inquiète : " [...] Qu'ils sont cruels ces amis! Toujours prêts d'attenter à ma liberté, avec un acharnement proportionné à mon amour pour elle, ils semblent avoir pris pour tâche de faire du plus doux sentiment de mon cœur l'éternel fléau de ma vie [...] Je leur ferai voir qu'ils ont mal évalué la liberté d'un homme, et que la mienne n'est point à vendre. Ne les imitez pas, mon aimable amie, je vous en conjure, laissez-moi être ce que m'a fait la nature, et non pas ce que tous ces gens-là veulent que je sois, un ours de parade qu'on mène en laisse, un petit parasite, un vil complaisant. Si Mme d'Epinay a besoin de cortège, elle ne manque pas d'amis à leur aise qui peuvent lui en servir. Pour moi je ne suis pas assez riche pour l'accompagner à mes frais, et je ne veux pas la suivre aux siens. J'ai écrit à Grimm dans la chaleur de l'indignation, et la seule protection que j'aie prise, en ce moment suspect, était de m'adresser au plus discret de mes amis ; car j'avoue que vous voyant appuyer si décidément l'avis de Diderot, j'ai vu dans ce concours un certain air de ligue qui a ranimé mon emportement contre lui [...] Si vous et notre ami [Saint-Lambert] me restez, je puis me consoler de leurs injustices, et peut-être les ramener. Pour moi, je vous ai donné mon amitié que vous m'avez demandée, et ne la retirerai jamais. Peut-être un jour, sachant mon aversion pour votre état et pour votre fortune, ne dira-t-on point sans quelque éloge : Elle était riche et de qualité, et pourtant il l'aima jusqu'au tombeau. Donnez-moi, je vous en supplie, des nouvelles de notre ami [...] Oui, nous le reverrons, nous l'embrasserons sain et gai, comme l'hiver dernier, ses maux et les nôtres seront oubliés, ou nous n'en parlerons que pour nous aimer tous davantage [...]". 3)  31 octobre 1757 (3 p. in-8 sur un f. double avec adresse et cachet, 200 x 135 mm, A l'hermitage le 31 8bre 1757). Madame d'Houdetot vient de lui envoyer une lettre charmante dans laquelle elle l'assure de son amitié "Mon cœur est satisfait du bien qu'il a reçu. Après un amant tel que lui et un ami tel que vous, il n'a plus rien à chercher....''. Rousseau lui répond transporté "Il est donc deux cœurs auxquels je suis cher, et ce sont précisément ceux que j'aurai choisi dans tout le monde [...] vous m'aimez je ne suis donc plus à plaindre". Il évoque alors le voyage à Genève avec Mme d'Epinay auquel tout le monde (Diderot, Grimm, Mme d'Houdetot) l'encourage. Il s'inquiète de son ami Saint-Lambert, réclame des nouvelles. Quant à lui "Quoique malade et triste, ma vie n'est pas ici sans plaisir. J'y suis à l'abri des importuns, je fais de la morale, et je pense à vous. J'y sens plus que jamais que la vertu sublime et la sainte amitié sont le souverain bien de l'homme, auquel il faut tâcher d'atteindre pour être heureux [...] Faites-moi supporter par votre amitié les peines que votre absence me donne". 4) 1er novembre 1757 (2 p. in-8 sur un f. double avec cachet, 198 x 133 mm, A l'hermitage. Le 1er 9bre 1757). Rousseau refusa de suivre Madame d'Epinay à Genève en octobre pour se faire soigner par le célèbre Tronchin bien que Diderot l'y eût encouragé. La malveillance de Grimm réussit à brouiller Diderot et Rousseau. Grimm haïssait Rousseau et lui envoya une lettre qui, aux dires de Rousseau, "n'était dit-il dans les Confessions, que de sept à huit lignes, que je n'achevais pas de lire. C'était une rupture, mais dans des termes tels que la plus infernale haine les peut dicter, et qui même devenaient bêtes à force de vouloir être offensants. Il me défendait sa présence, comme il m'aurait défendu ses états. Il ne manquait à sa lettre, pour faire rire, que d'être lue avec plus de sang-froid". Dans la lettre du 1er novembre, celle-ci, Rousseau est triste, sombre, isolé, ses amis l'abandonnent « Je viens de recevoir de Grimm une lettre qui m’a fait frémir et que je me suis hâté de lui renvoyer de peur de la lire une seconde fois. Madame, tous ceux que j’aimais me haïssent, et vous connaissez mon cœur ; c’est vous en dire assez. Tout ce que j’ai appris de Madme d’Epinay n’est que trop vrai […] Il ne me reste qu’une seule espérance […] Ai-je encore une amie et un ami. Un mot, un seul mot, et je puis vivre ». Il pense quitter l’Hermitage après l’hiver « […] Je songerai que j’ai deux amis aux monde, et j’oublierai que j’y suis seul. Un mot de réponse, je vous conjure ». 5) 10 novembre 1757 (4 p. in-4 sur un f. double, 246 x 187 mm, A l’Hermitage le 10 9bre 1757). Grimm, amant de Madame d’Epinay, attisait la méfiance et la jalousie de l’ancienne protectrice de Rousseau envers le philosophe afin de rendre à Rousseau la vie de plus en plus difficile à l’Hermitage. Le dessin caché à tout cela était pour Grimm d'éloigner Rousseau de France, dont la supériorité intellectuelle et philosophique était de plus en plus évidente. « […] Vous avez vu l’étroite amitié qui a régné entre Mme d’Epinay et moi durant plusieurs années, vous avez vu tout ce que cette amitié lui a suggéré de zèle et de bontés pour moi […]. Il lui décrit alors le revirement, son sentiment d’ « assujettissement » […] « il fallait s’y rendre toutes les fois qu’elle était seule ; tous mes jours m’étaient prescrits, sans consulter ni mon amour pour la retraite, ni le besoin où j’étais de travailler pour vivre, ni mes maux, ni ma répugnance à vivre dans la maison d’autrui ». Il décrit alors son attachement pour Madame d’Houdetot et la jalousie de Madame d’Epinay qui en résulta « Elle jura de nous désunir, elle s’en vanta, et ses propres termes furent : Cela finira de manière ou d’autre. Incrédule à l’honneur, à l’amour, à la foi, à l’amitié sacrée, elle osa ternir par ses calomnies ce qu’il y a de plus respecté des hommes, et jeter d’indignes soupçons sur les deux personnes à qui elle devait le plus d‘estime, sa sœur, son ami ! […] Je sus tout ». Il retrace alors ses explications avec Madame d’Epinay, le mépris qu’elle lui inspire. Comment les larmes et les protestations de cette dernière lui firent comprendre que Saint-Lambert avait été mis au courant dans des termes dépassant certainement la réalité des relations de Rousseau et de Sophie. Il s'empressa alors d'écrire à Saint-Lambert. Sophie, quant à elle, de peur de blesser son amant, s’éloigna un peu de Jean-Jacques. De peur de perdre les deux êtres qui lui étaient le plus chers, « je pris le parti qui convenait à ma franchise, j’écrivis à votre ami, j’ai l’âme trop haute et pense trop bien de la sienne, pour daigner relever de basses calomnies […] Cependant, les manèges de Mme d’Epinay ont continué jusqu’au moment de son  départ. Vous ne m’avait pas écrit un billet qu’on est accusé, nous n’avons pas fait une promenade dans son parc qu’on n’ait critiquée […] Vous avez vu l’indiscret billet de Diderot, il fallait y répondre, je choisis le meilleur ami de Mme d’Epinay [Grimm], et à ce que je pensais le plus discret des miens pour lui exposer celles de mes raisons que je pouvais dire ». Grimm le trahit, répète tout à Madame d’Epinay, envoie à Rousseau deux lettres « […] le plus scélérat des hommes n’en reçut jamais de semblable ». Il souhaite donc quitter l’Hermitage « j’y suis dans la maison d’une femme que je ne puis ni aimer, ni estimer, et qui m’a voulu perdre […] Une ancienne amitié, même éteinte, a des droits que je respecterai toujours. J’ai résolu de garder un éternel silence sur l’odieuse conduite de Mad.  d’Epinay  avec moi […]». 6) 17 novembre 1757 (4 p. in-4 sur un f. double, 245 x 188 mm, A l’hermitage ce jeudi 17 9bre . 1757). Rousseau, toujours inquiet et isolé, écrit à son amie, la seule qu’il lui reste. Il souhaite quitter l’Hermitage et l’ambiance hostile qui y règne. Madame d’Houdetot l’encourage à la patience, à ne pas douter de ses amis et à rester à l’Hermitage jusqu'au printemps. Elle lui donne de ses nouvelles, de celles de Saint-Lambert alors à Aix-la-Chapelle et le rassure sur leur amitié à tous deux. Rousseau répond « J’ai bien pressenti  que je me rendrais importun, mais j’espérais, je l’avoue, que cela n’arriverait pas si tôt. Désormais, je serai plus discret ». Il lui parle de l’Hermitage, des raisons de son mal être. Il s’inquiète d’elle, de sa santé, de celle de Saint-Lambert « Vous me parlez toujours de travailler. Donnez-moi donc une âme tranquille ! Tantôt dans l’agitation, tantôt dans l’accablement, quand trouverai-je le calme nécessaire à la liberté d’esprit ! ». Il se plaint de devoir freiner son envie de lui écrire, lui parle de des copies de Julie qu'il lui destine, et accepte ses conseils : il restera à l’Hermitage jusqu’au printemps. Il regrette cependant qu’elle ait écrit à Diderot « C’est un homme qu’il faut enlever de force, ou bien aller à lui comme au rivage, en tournant le dos. Au reste, je ne sais ce qu’il a pu vous écrire, mais je suis bien trompé s‘ il y a une femme au monde qu’il estime et honore autant que vous. S’il vient me voir, je lui montrerai votre lettre et lui dirai ce qu’il faut […] Je ne vous écrirai plus que par intervalles bien rares, bien compassés, bien réglés, mais nous aurons beau faire l’un et l’autre, ce que je ne pourrai jamais asservir à la mesure, c’est mon amitié pour vous […] ». 7) s. d. (23 novembre) 1757 (4 p. in-4 sur un f. double, 215 x 172 mm, s.l.n.d.). Le 18 novembre, elle se défend et le trouve bien injuste. Elle ne lui reproche pas ses lettres mais son inquiétude et sa méfiance vis-à-vis de ses amis. Elle l’encourage à travailler pour « relever son âme et lui donner du courage ». Elle n’a jamais voulu le blesser. Elle défend Diderot et regrette les malentendus. Dans sa réponse, Rousseau lui répond et se désole qu’elle soit si seule « […] Vous n’avez ni votre époux, ni votre amant pour occuper votre cœur et vos soins, ni votre ami pour épancher et nourrir les sentiments qui vous sont chers. Hélas ! Qu’allez-vous devenir ? ». Il fait son éloge. « Sophie, ma chère Sophie (permettez-moi de vous donner quelque fois un nom de si bon augure ; ce n’est pas aujourd’hui que je sais qu’il vous appartient), j’ai l’âme attristée. Je viens de perdre une amie [Madame d’Epinay] que j’avais espéré conserver jusqu’à la fin de mes jours, il m’en reste une selon mon cœur, c’est la seule, et ce sera la dernière. Ah ! si jamais je la perdais, je ne résisterais point à ce désespoir ! ». Il mentionne encore Saint-Lambert « Soyez donc toujours notre aimable médiatrice, c’est à lui que je dois notre amitié, que je vous doive aujourd’hui la conservation de la sienne, afin que de nouvelles raisons justifient de jour en jour mon attachement pour tous deux. Je n’ai point encore vu Diderot mais je ne crains plus rien, j’ai l’âme tranquille, et je recommence à me trouver heureux ». Rousseau a du mal à travailler « on ne commande pas au génie », commençant « cinquante choses, mais si mal, que le dégoût me prend, et je n’en peux poursuivre aucune ». Il lui parle enfin de sa Julie, de la copie qu’il veut lui faire parvenir,  de son libraire de Hollande venu le voir « Je lui ai proposé des figures, et comme il ne s’en ait pas éloigné, j’ai fait ordonnance de huit estampes pour accompagner l’ouvrage.  Si cela peut vous amuser à lire, je vous l’enverrai, et je serais bien aise aussi que vous vissiez si les idées sont bien prises et pittoresques, et s’il y a quelque chose à corriger ». Les gravures furent dessinées par Gravelot d’après ses indications. La Nouvelle Héloïse parut à Amsterdam en 1761, chez Marc-Michel Rey. 8) 30 novembre 1757 (4 p. in-8, 193 x 133 mm sur un f. double, a  l’hermitage le 30 9bre 1757). La Comtesse lui envoie une lettre de Saint-Lambert qui l’a affligée et dans laquelle il est plus « raisonnable pour vous que pour » elle. Elle en souffre. Elle se plaint de ses amis « mon cœur est fermé désormais à toute autre amitié, comme à l’amour, ce que j’aime me suffit ». Elle souhaite recevoir le début des copies de Julie car elle est impatiente de cette lecture. Elle demande à Rousseau de ne pas parler à Saint-Lambert de l’attitude de Madame d’Epinay qui la blesse également, elle craint qu’il ne puisse comprendre et que cela ne fasse qu’envenimer les choses. Rousseau, assagi, tente de la rassurer : « Votre ami vous aime, que lui demandez-vous de plus ? […] Cherchez-vous un homme parfait ? Où le trouverez-vous ? Et quel défaut doit moins vous déplaire dans votre amant que celui qui marque au moins qu’il s’occupe de vous sans cesse ».  Comme les raisons de l’inquiétude de Saint-Lambert sont infondées, Rousseau lui demande de ne pas s’inquiéter « si ses reproches étaient fondés, mais ils sont trop injustes pour être durables, une âme comme la sienne peut-elle se fermer à la voix de l’innocence et à celle de l’amour réunies. Tranquillisez-vous donc, je vous en conjure. Continuez à mériter votre propre estime. Voilà, ma chère amie le billet de Madame d’Epinay et ma réponse. Je donnerais tout au monde pour en être encore à douter, comme vous, mais malheureusement cela m’est impossible ». A propos de leurs lettres à tous deux, et du plaisir qu’ils en ressentent «  Je connais trop bien votre cœur pour vous rien dire qui vous offense, et vous trop bien le mien pour vous offenser de rien de ce que je vous dis ». Il la questionne sur ses occupations, puis il est à nouveau question de ses copies, il les lui enverra au fur et à mesure pour satisfaire sa curiosité. 9) 10 décembre 1757 (3 p. in-8 sur un f. double, 187 x 125 mm, A l’hermitage le 10 Xbre 1757). Sophie d’Houdetot regrette la rupture brutale de Rousseau avec Madame d’Epinay « une amie de 10 ans » alors qu’elle l’encourageait à plus de clémence. Elle voulait éviter cet éclat et que Rousseau attende le printemps pour partir. Il lui rend compte de la suite des évènements « Au même instant que je reçus votre dernier billet où vous me marquiez que je ferais fort mal de quitter l’Hermitage, je reçus une lettre de Madme d’Epinay, en réponse à celle où je lui marquais que je resterais ici jusqu’à Pâques, si elle y consentait, au lieu de ce consentement, voici ce qu’elle marque : « Puisque vous vouliez quitter l’Hermitage, et que vous le deviez, je suis étonnée que vos amis [Madame d’Houdetot dont elle est profondément jalouse] vous aient retenu ; pour moi je ne consulte jamais les miens sur mes devoirs, et je n’ai plus rien à vous dire sur les vôtres ». Rousseau demande donc à Madame d’Houdetot de l’approuver dans sa décision de partir « je sens que vous devez souffrir à chaque quart  d’heure que votre ami passe dans une maison dont on le chasse. Enfin mon honneur veut que j’en sorte […] J’ai pris un autre logement à Montmorency : sans le mauvais temps, j’y serai déjà ; mais quoi qu’il arrive, dans huit jours je ne serai plus à l’Hermitage ». 10) 17 décembre 1757 (12 p. in-4 sur 3 f. doubles, 247 x 187 mm, A Montmorenci le 17 Xbre 1757). La lettre de Madame d’Epinay lui rendit un grand service en le libérant des jeux sociaux et de ce milieu qui le faisait tant souffrir. Il quitte l’Hermitage le 15 décembre et le 17, Rousseau écrit cette magnifique lettre, la plus belle de cet ensemble à Madame d’Houdetot. Elle parle de liberté, d’amitié « sorte de testament moral » d’après Buffenoir (p. 203) « où une dernière fois il dit sa pensée et livre son âme à la femme qu’il a passionnément aimée. A ces accents, à ce style, à cette impérieuse logique, on reconnaît un maître qui domine les hommes et les événements » : « Enfin je suis libre, je puis reprendre le caractère de franchise et d’indépendance que m’a donné la nature. Si je l’avais toujours gardé, tout le monde serait content de moi, et je le serai davantage. Toute ma faute est d’avoir cédé aux sollicitations d’une feinte et trompeuse amitié […] Si j’avais quelque reproche à me faire, ce serait d’avoir trop longtemps dissimulé ma juste indignation […] Vous vouliez que j’allasse sans bruit demeurer chez mon ami [Diderot]. Pourquoi cela ? Quoi donc ! Pour avoir logé dix-huit mois dans la maison d’autrui, faut-il errer le reste de mes jours d’asile en asile, sans oser plus demeurer chez moi ? ». Rousseau se défend d’avoir parlé en mal de Madame d’Epinay, reprend une des phrases de Madame d’Houdetot « Je vous crois honnête homme puisque vous êtes de mes amis. Madame quelque prix que je mette à votre amitié, j’en mets davantage encore à la vertu […] l’amour de soi-même, ainsi que l’amitié qui n’en ai que le partage, n’a point d’autres lois que le sentiment qui l’inspire, on fait tout pour son ami comme pour soi, non par devoir, mais par délice. Tous les services qu’on lui rend sont des biens qu’on se fait à soi-même, toute la reconnaissance qu’inspirent ceux qu’on reçoit de lui est un doux témoignage que son cœur répond au nôtre ». Commence alors une critique du pouvoir de l’argent qui fausse l’amitié « de toutes les sortes de sacrifices l’argent est celui qui coûte le moins à donner et le plus à  recevoir  […] : Ô mon ami, qui que tu sois, s’il est au monde un cœur fait pour l’être, et sentir tout ce qu’il peut m’inspirer, laisse là tout cet appareil de bienfaits, et m’aime ! Ne me bâtis point une maison dans tes terres, pour ne m’y plus venir voir, en disant en toi-même : « Celui-là, je le tiens, et n’ai plus besoin de le cultiver ». Bâtis-m ’en une au fond de ton cœur, c’est là que j’établirai mon séjour : c’est là que je veux habiter toute ma vie, sans être plus tenté d’en sortir que toi de m’en chasser. Recherche-moi sans cesse, et laisse-toi rechercher […] Console-moi dans mes peines, verse à ton tour les tiennes dans mon sein, afin que nos chagrins mêmes soient pour nous une source de plaisirs, et que notre commune vie soit un tissu de bienfaits réciproques et de vrais signes d’amitié ». Rousseau mentionne alors Holbach puis Grimm « un ami ! le perfide ! Il n’attendait que le retour de ma confiance pour mettre le comble à son ingratitude et à ses noirceurs ». Rousseau se défend  de passer pour un ingrat « Je me fais honneur d’avoir un cœur qui n’est point à vendre […] Je ne sais plus donner des marques d’attachement et d’estime aux gens que je n’aime plus, et que je méprise […] Non, Madame, ce n’est point de vos amis que je dois être, mais votre ami […] Je dois cédé la première place  celui qui vous est cher, vous m’en avez prévenu, j’y ai consenti ; mais, lui seul excepté, la seconde après tout autre est indigne de mon cœur, et je la refuse ». Rousseau comprend qu’il perd Madame d’Houdetot « mon amitié vous devient onéreuse, et je m’en aperçois ». Rousseau recommence à attaquer Grimm, comprend que Sophie l’abandonnera également, ne pouvant être la seule à le défendre. Il en prend son parti « je trouve plus honnête de rompre entièrement avec moi que de me soutenir faiblement ». Il veut lui faciliter la tâche de cette rupture « Gardez le silence pour toute réponse j’entendrai ce langage et ne vous importunerai plus. Que si, contre mon attente et mes conseils, votre amitié s’obstine contre mon infortune, la première lettre qui me viendra de vous, m’annoncera mon bonheur, même avant de l’ouvrir […] Adieu, Sophie : adieu ma chère et digne amie ! […] ». Elle lui répondit cependant, mais leur amitié avait encore trop d'obstacles à franchir, trop d’ennemis pour exister encore longtemps. Le refroidissement que Rousseau devinera dans les réponses de Madame d’Houdetot qui s’en défendait, son impatience vis-à-vis d'elle contribua à éloigner Sophie de lui. 11) 26 décembre 1757 (4 p. in-8 sur un f. double, 190 x 125 mm, Montmorenci, le 26 Xbre 1757). « Votre lettre m’a rendu la vie […] Sans m’abuser sur la diminution de votre amitié pour moi, j’accepte ce que vous voulez ou pouvez m’en laisser avec ce grand motif de consolation de n’avoir pas mérité de perdre le reste […] Car quoi que vous disiez de mes fautes […] le plus grand tort est de ne pouvoir ni vouloir se déguiser avec personne […] Que je sache donc si Saint-Lambert est ou n’est pas de mon ami : je demande une réponse nette et précise ». Rousseau parle alors des estampes qui illustrent ses livres et dont il n’est pas entièrement satisfait. Il va s’atteler à ses copies de Julie. 12) 5 janvier 1758 (4 p. petit in-4, 205 x 160 mm, Le 5 janvier 1758). Rousseau doute à nouveau de ses deux amis. Sa lettre est brutale, le ton est dur. Il lui expose ce qu'il pense de l'argent et lui annonce ne plus vouloir copier pour elle La Nouvelle Héloïse. "[...] le style équivoque et louche de vos dernières lettres ne m'a pas échappé. J'ai tout fait pour vous donner occasion de vous expliquer [...] La franchise de vous autres, gens du monde, est de ne jamais dire ce que vous pensez qu'avec précaution, réserves, poliment, à double entente, à demi-mot. Ma puérile franchise à moi, comme vous l'appelez vous-même, est d'interpréter tout cela dans un langage rustique et de répondre sans détour à ce qu'on me fait entendre adroitement. Puis donc qu'au lieu de vous honorer de mon amitié, vous en avez honte, je la retire pour ne vous en pas laisser rougir plus longtemps [...] Je vous déclare que, dès cet instant, je ne vois plus en vous que Madame la comtesse, ni en lui, avec tout son génie, que M. le marquis, et c'est être plus descendu que vous ne pensez". Il lui rappelle leur amitié et leur bonheur passés, avant de l'attaquer sur sa perception de l'argent "la chose à laquelle vous donnez le plus grand prix dans le monde est l'argent". Pour Rousseau la vraie générosité vient de "celui qui donne son temps, sa liberté, ses sentiments, ses talents, ses soins [...] Il tire, pour ainsi dire de sa propre substance tout le bien qu'il fait à autrui. [...] Appliquons, Madame, nos principes aux copies que je fais pour vous". Il ne souhaite pas qu'elle le paye, il lui offre son temps, ce qui va au-delà de toute somme d'argent. Certain qu'ils ne pourront s'accorder "en rien sur l'estimation des choses", il préfère donc suspendre son travail de copiste jusqu'à sa réponse "ou trouvez bon que j'aye le plaisir de vous offrir mes copies, ou cherchez un autre copiste". 13) 10 janvier 1758 (4 p. petit in-4 sur un f. double, 204 x 158 mm, A Montmorenci le 10e Janv. 1758). Rousseau a été trop loin, Sophie lui a répondu une lettre sèche dans laquelle elle accepte la rupture, elle le trouve injuste. On la sent fatiguée, ses lettres s'espaceront. Rousseau s'est repris, il a honte de son emportement, accepte la fureur et continuera à l'aimer malgré elle "Oui, Sophie, vous m'êtes plus chère que jamais, et mon coeur veut nourrir jusqu'à mon dernier soupir le vif et pur attachement qu'il a conçu pour vous. N'en soyez point alarmée, mon amitié ne vous sera plus importune, et comme elle n'exige et n'attend plus rien de vous, elle ne causera plus entre nous de querelle, et ne vous coûtera aucun soin. Je ne renonce pas au plaisir de vous écrire, il est la seule consolation qui me reste ; mis comme vous êtes quitte avec les bienséances et ne serez point obligée à me répondre, rien ne vous empêchera, si mes lettres vous ennuient de les jeter au feu sans les lire [...] Réparez donc votre injustice envers moi. Je ne connais point d'amitié sans estime et sans confiance, et vous savez si j'en ai pour vous ; je vous crois capable de faiblesse et de légèreté, mais jamais d'infidélité ni de mensonge [...] au nom du ciel, laissez-moi oublier les indignités que je vous ai écrites au sujet des copies [...]". Le même jour, où il lui écrivait cette lettre, Madame d'Houdetot après avoir voulu rompre, lui adressa une lettre pleine d'affection et d'amitié. 14) 11 janvier 1758 (2 p. petit in-4 sur un feuillet double avec adresse et cachet de cire, le cachet de cire a laissé un trou dans la lettre sans atteinte au texte , 204 x 160 mm, Le 11 janvr [1758]). "Vôtre lettre m'a donné le plus pur, le plus vrai plaisir que j'aie gouté dans ma vie. Ah si vous m'eussiez toujours écrit ainsi, que de tourments vous m'eussiez épargnés! J'ai mis hier une lettre à la poste pour laquelle vous connaîtrez les vrais sentiments [...] Croyez-moi, chère Sophie ; mon cœur est fait pour vous aimer, il en est digne, et vous serez toujours après la vertu, ce qu'il aura de plus cher au monde. Soyons amis pour mon bonheur, et peut être pour le vôtre ; si mon cœur ne me trompe pas nous en deviendrons meilleurs tous les deux. Je me conforme entièrement à ce que vous exigez ; je ne vous écrirai plus sans votre permission, et seulement par la voie que vous m'indiquerez [...]". 15) 15 et 28 janvier 1758 (4 p. in-4 sur un f. double, 246 x 189 mm, le 15 Janvier [1758] puis le 28 en recevant votre lettre). Rousseau est encore transporté par le renouvellement de l'amitié de Madame d'Houdetot et tache de se raisonner et de ne pas s'impatienter si elle tarde à lui répondre, cela avait failli détruire leur amitié. "[...] Non, Sophie, je ne me plaindrai plus de vous, mais chaque jour je vous rendrai plus coupable, si jamais vous m'otez votre amitié [...]". Il s'étonne qu'elle veuille cacher leurs lettres à son mari "Pourquoi cela ? Se pourrait-il que l'active calomnie eût pénétré jusqu'à lui ? [...] Vous le savez, je ne tiens plus que par vous au monde et aux douleurs de la société. Diderot et moi ne pouvons-nous voir que très rarement. J'ai beau me vouloir rapprocher de lui, je suis repoussais par tout ce qui l'entoure. C'est par vous seule que je ne suis pas seul au monde". Il reprend cette lettre le 28 janvier en recevant sa lettre " [...] Vous me parlez de Diderot, il dit qu'il m'aime mais il m'oublie ; j'aimerai mieux qu'il ne dît rien mais c'est un homme faible, subjugué par tout ce qui l'entoure. Il n'ose m'aimer qu'en cachette [...]. Il s'enquiert de Saint-Lambert. "Le 2e volume de la Julie sera achevé demain [...] Si vous vouliez prendre encore un peu de patience, je me hâterai de copier aussi la première et je pourrai vous porter le tout [...]". 16) 13 février 1758 (4 p. petit in-4 sur un f. double, 205 x 160 mm, Le 13 fevr 1758). "[...] J'apprends qu'on s'agite beaucoup pour me peindre dans le monde comme un scélérat. Je consulte mon cœur et reste tranquille. Je n'ai jamais fait de mal à personne et ne commencerai pas si tard. Je ne dirai jamais de mal de mes anciens amis [...] Déterminé à rompre toute liaison particulière avec des cœurs si peu dignes du mien, mon premier soin pour me rendre agréable la retraite dans laquelle je veux passer le reste de ma vie, est de m'y mettre bien avec moi-même [...] Voilà la seconde partie de Julie  [...] Mon dessein est d'achever  cet ouvrage et de l'achever pour vous seule ; car quand même les quatre parties faites verraient le jour, la cinquième, que je vous destine, ne la verra jamais [...]". Il souffre de ne laisser personne dernière lui "de ne survivre dans le cœur de personne [...] de ne pas pas laisser un seul ami qui s'honore lui-même en honorant ma mémoire. Tous mes barbouillages commencés traîneraient après moi dans la main des gens de justice qui s'empareront de mes guenilles". A propos de Diderot:  "Effrayé des bruits qui couraient au sujet de l'Encyclopédie, et l'imagination pleine du Donjon de Vincennes où j'ai vu Diderot autrefois, et où il m'a tant coûté de pas et de larmes, je lui ai écrit sur cet ouvrage pour l'engager à le quitter, si d'Alembert le quittait. Il n'a pas même daigné me répondre [...] Je ne puis cesser de l'aimer, mais je ne le reverrai de ma vie. Il ne me reste que vous seule au monde [...]" 17) jeudi 23 avril 1758 (2 p. in-8 sur un f. double avec cachet et adresse, Ce Jeudi 23 [avril 1758]. Ce billet qui précède de peu la rupture définitive entre Rousseau et Madame d'Houdetot. Il a été daté par Rousseau du 23 août dans la copie qu'il en a conservé. Dans la Correspondance générale, Dufour - comme Buffenoir - la datent du 23 mars. Madame d'Houdetot lui envoya une lettre le jeudi 23 mars qui finit par blesser complètement Rousseau "Je me porte très bien et vis occupée de mille sentiments agréables auprès de celui qui en est l'objet". La réponse de Rousseau finira par les brouiller définitivement : "Je me réjouis de votre santé. Je vous félicite de vos plaisirs ; puissiez-vous comprendre un jour ceux qui mènent au vrai bonheur ! Adieu !". Le 6 mai, la lettre de Madame d'Houdetot mit un point final à leurs relations : "Depuis qu'il est établi dans le monde que vous êtes amoureux de moi, il ne serait pas décent pour moi de vous voir en particulier ". Diderot venait de répéter le secret que lui avait confié son ami "et toi aussi Diderot ! indigne ami !" seront les mots que tout cela inspirera à Rousseau. Les 3 copies 1) lettre du 2 novembre copiée par Madame de La Briche à qui Elisa D'Houdetot (petite-fille de la comtesse) avait donné l'original (2 p. sur un f. in-12) « Voici la 4e lettre que je vous écris sans réponse. Ah si vous continuez de vous taire, je vous aurai trop entendue. Songez à l’état où je suis, et consultez votre cœur. Je puis être abandonné de tout le monde et le supporter, mais vous ! Vous me haïr ! Vous me mépriser, vous qui connaissez mon cœur Grand dieu ! Suis-je un scélérat un scélérat moi ! Je l’apprends bien tard. C’est M. Grimm, c’est mon ancien ami, c’est celui qui me doit tous les amis qu’il m’ôte, qui a fait cette belle découverte et qui la publie ». On le condamne  de « n’avoir pût  flatter une femme perfide [Madame d'Epinay] ». Il implore Madame d’Houdetot, ainsi que Saint-Lambert « fallait-il céder aux séductions de la fausseté et faire mourir de douleur celui qui ne vivait que pour vous aimer ? ». Il souhaite qu’elle le regrettera, il veut écrire à Saint-Lambert, lui demande son adresse…. La lettre se termine de façon abrupte et ne semble pas être copiée en entier.2) lettre du 4 novembre par Madame de Bazancourt (Elisa d'Houdetot) (4 p. a l’hermitage le 4 novembre 1757). « Elle arrive enfin, cette lettre si mortellement attendue, je la tiens, je l’ouvre avec un tremblement convulsif. Mon cher citoyen, ai-je bien lu ? Ma vue se trouble, il faut relire ; cher citoyen. Ah respirons ! ». Il est une nouvelle fois question de la lettre de Grimm, du silence de Diderot. « cependant point de nouvelles de Diderot, je lui ai écrit des injures, mais nous sommes accoutumés à nous en dire, et à nous aimer. Il sait que je rachèterai de mon sang les chagrins que je lui donne […] Mais j’avoue que pour être parfaitement heureux je voudrais que tous mes biens me viennent de vous. Il me semble aussi que ce serait peut être un moyen de faire connaissance avec lui et j’aurai autant d’empressement à voir le philosophe auprès de vous que de répugnance à y voir Mr Grimm […] Oh joie, oh fierté ! Ah mon Diderot que ne vous ai-je tout à fait apaisé. Ah Saint-Lambert que ne suis-je tout à fait guéri je serai le plus heureux des hommes […] La blessure est encore trop fraiche […] ». La lettre a été recopiée rapidement.3) et enfin lettre du 23 avril (dont l'original figure dans cet ensemble) par Frédéric d'Houdetot, son petit-fils. (2 p. petit in-4). Une lettre de Rousseau au marquis de Saint-Lambert, le 15 septembre 1757 (5 p. sur 2 f. double avec adresse et cachet de cire. A l’hermitage le 15 7bre 1757). Saint-Lambert a appris les relations de Rousseau et de Madame d’Houdetot et les voit d’un mauvais œil. Rousseau lui écrit aussitôt pour le rassurer. Il se défend d’avoir voulu les désunir. « En commençant de vous connaitre, je désirai de vous aimer. Je n’ai rien vu de vous qui n’augmentât ce désir. Au moment où j’étais abandonné de tout ce qui me fût cher, je vous dû une amie qui me consolait de tous, et à laquelle je m’attachais, à mesure qu’elle me parlait de vous. Voyez mon cher St Lambert, si j’ai de quoi vous aimer tous deux ». Il lui dit à quel point il ne voulait pas s’attacher à Madame d’Houdetot « Je n’ai pu la fuir, je l’ai vue ; j’ai pris la douce habitude de la voir. J’étais solitaire et triste ; mon cœur affligé cherchait des consolations […] nous parlions de vous ; du bon et trop facile Diderot, de l’ingrat Grimm, et d’autres encore. Les jours se passaient dans ces épanchements mutuels. Je m’attachais en solitaire, en homme affligé. Elle conçue aussi de l’amitié pour moi ; elle m’en promit au moins, elle paraissait me voir avec plaisir. Nous faisions des projets sur le temps où nous pourrions lier entre nous trois une société charmante, dans laquelle j’osais attendre de vous, il est vrai, du respect pour elle et des égards pour moi. Tout a changé, hormis mon cœur. Depuis votre départ elle me reçoit froidement ; elle me parle à peine, même de vous ». Rousseau s’étonne de cette froideur, il en cherche les raisons, les lui demande. Il essaye de le rassurer, veut repousser ses soupçons « Je le répète, je ne veux point vous ôter l’un à l’autre […] Quoi ? Ne vous est-il point doux dans l’éloignement où vous êtes, qu’il se trouve un être sensible à qui vôtre amie aime à parler de vous et qui se plaise à l’entendre ? ». Il plaide sa cause  « Sachez, au moins, de quelque manière que vous en usiez, que vous serez elle et vous mes derniers attachements […] Si vous cherchez tous deux à vous éloigner de moi, je retirerai mon âme au-dedans d’elle-même, je mourrai seul et abandonné dans ma solitude, et vous ne penserez jamais à moi sans regret […] ».\nElisabeth-Sophie-Francoise de Bellegarde, future Madame d’Houdetot (1730-1813) était la cousine germaine de la célèbre Louise d'Epinay et sa belle-sœur par le mariage de cette dernière avec son frère Denis de Lalive d'Epinay. En 1748, elle se marie avec le comte d'Houdetot dont elle aura un fils Charles (1749), une fille Charlotte Françoise (1753) et probablement un autre enfant mort en bas âge. Pendant cinquante-deux ans, de 1751 à 1803, elle eut pour amant, le Marquis de Saint-Lambert qui fut l’amour de sa vie. Saint-Lambert (1707-1803) fut l'ami de la Marquise du Chatelet et donc de Voltaire et fréquenta Diderot, Grimm, Rousseau, Duclos, et les philosophes de son époque. Son recueil le plus célèbre restera à jamais Les Saisons, paru en 1769.\nElle inspira à Rousseau la Julie de La Nouvelle Héloïse. La situation où il se retrouva entre elle et le marquis de Saint-Lambert lui donnèrent les thèmes de son roman. Il rédigea ce texte entre l’été 1756 et septembre 1758. Le roman paru en 1761 et eût un succès retentissant. Rousseau immortalisa la comtesse également dans les Confessions.\nLes lettres de Madame d'Houdetot à Rousseau sont pour trente-neuf d'entre elles actuellement conservées à la Bibliothèque de Neuchâtel, elles ont été publiées en 1865 par Streckeisen-Moltou  "Les lettres du philosophe à son amie son plus rares. On n'en compte guère jusqu'ici qu'une quinzaine, soit dans la Correspondance générale, soit dans diverses revues où les érudits les ont publiées. De ces quinze lettres plusieurs n'ont pu être connues que grâce aux minutes ou brouillons trouvés dans les papiers de l'écrivain. Nul doute que les originaux, reçus par la destinataire, ne contiennent des variantes, souvent même des parties entières ajoutées [...] Nous avons eu la bonne fortune grâce à M. le Comte Foy, de découvrir dix-huit lettres originales inédites de Rousseau à Mme d'Houdetot [...] il ne s'agit point ici des lettres écrites par Jean-Jacques au plus fort de sa passion, et à la destruction desquelles il ne crut pas quand Mme d'Houdetot lui assura qu'elle les avait brûlées. Il s'agit de lettres envoyées lorsque ce délire touchait à sa fin, et ensuite lorsqu'il fut apaisé tout à fait" (Buffenoir. p. 140). La passion dura neuf mois. Rousseau racontera cette rupture au livre X des Confessions.\nCes lettres étaient dans la famille des comtes Foy dont le second comte Foy avait épousé l'arrière-petite-fille de Sophie d'Houdetot, la comtesse Germain de Montforton. Ces lettres sont toujours restées dans la famille et passèrent du dernier comte Foy, second mari d'Elvire Popesco, à l'actuelle propriétaire dont elle était la petite-fille. Cette dernière a souhaité en garder une, en souvenir. Il s'agit de la lettre du 14 octobre 1757 (reproduite à la p. 148 de Buffenoir). Notre ensemble comprend donc dix-sept lettres, auxquelles sont jointes trois copies et une magnifique lettre de Rousseau à Saint-Lambert.\nDes dix-sept lettres, neuf précèdent le départ de Rousseau de l'Hermitage de Montmorency le 15 décembre 1757, les huit autres sont écrites de la maison du Mont-Louis dans la vallée de Montmorency.\n\nAu moment où Rousseau écrit ces lettres, il a quarante-cinq ans et Mme d'Houdetot vingt-sept. Les premières lettres de Rousseau à Sophie d'Houdetot, au plus fort de sa passion dans l'été 1757 semblent avoir été détruites par Madame d'Houdetot.\nY eut-il autre chose qu’un amour platonique entre elle et Rousseau ? Nul ne le sut jamais. Le seul témoignage d’un baiser entre eux se retrouve dans la lettre XIV de La Nouvelle Héloïse. Dans les Confessions (p. 444) Rousseau écrit : « dans un bosquet d’Eaubonne, au clair de lune, sous un acacia tout chargé de fleurs, je trouvai, pour rendre les mouvements de mon cœur un langage vraiment digne d’eux. Ce fut la première et l’unique fois de ma vie ».\n\nIl est souvent question dans cette correspondance de la copie de La Nouvelle Héloïse, de sa "Julie" : "Dès que j'aurai fini ma copie des lettres de Julie, je commencerai la vôtre, mais je vous prie d'apporter pour cela du papier d'une forme qui vous convienne, car je n'en ai plus ici d'aucune espèce" (1er octobre 1757) ; à propos de son libraire de Hollande venu le voir « Je lui ai proposé des figures, et comme il ne s’en ait pas éloigné, j’ai fait ordonnance de huit estampes pour accompagner l’ouvrage. Si cela peut vous amuser à lire, je vous l’enverrai, et je serais bien aise aussi que vous vissiez si les idées sont bien prises et pittoresques, et s’il y a quelque chose à corriger » (23 novembre 1757). Les gravures furent dessinées par Gravelot d’après les indications de Rousseau. La Nouvelle Héloïse parut à Amsterdam en 1761, chez Marc-Michel Rey. Dans le lettre du 30 novembre 1757, il est question une nouvelle fois des copies, Sophie s'impatiente, elle souhaite les recevoir. Le 5 janvier 1758, Rousseau, doutant une nouvelle fois de ses deux amis, lui annonce ne plus vouloir copier pour elle La Nouvelle Héloïse. Pourtant le 28 janvier :  "Le 2e volume de la Julie sera achevé demain [...] Si vous vouliez prendre encore un peu de patience, je me hâterai de copier aussi la première et je pourrai vous porter le tout [...]" ; Et le 13 février 1758 : "Voilà la seconde partie de Julie  [...] Mon dessein est d'achever  cet ouvrage et de l'achever pour vous seule ; car quand même les quatre parties faites verraient le jour, la cinquième, que je vous destine, ne la verra jamais [...]".\nA propos de cette copie de La Nouvelle Héloïse - six volumes in-8 en demi-reliure - la comtesse d'Houdetot la conserva durant toute sa vie sur la cheminée de son salon à Sannois. Sur le premier volume figurait une note de sa main : "Ce manuscrit fut pour moi le gage de l'attachement d'un homme célèbre. Son triste caractère empoisonna sa vie, mais la postérité n'oubliera jamais ses talents. S'il eut l'art trop dangereux peut-être d'excuser aux yeux de la vertu les fautes d'une âme passionnée, n'oublions pas qu'il voulut surtout apprendre à se relever, et qu'il chercha constamment à nous faire aimer cette vertu qu'il n'est peut-être pas donné à la faible humanité de suivre toujours". Rousseau lui en fit la copie en 1757-1758.
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Jean-Jacques Rousseau

literature

Hippolyte Buffenoir. La comtesse d'Houdetot, une amie de J.-J. Rousseau, Calmann-Lévy, 1901. -- Hippolyte Buffenoir. La comtesse d'Houdetot, sa famille, ses amis, Paris Henri Leclerc, 1905. -- Certaines de ces lettres ont figuré à l'exposition Jean-Jacques Rousseau de la Bibliothèque nationale de France en 1962, n°s 174, 181 et 191. -- Charles Méla. Rousseau le mal-aimé 1712-2012. Fondation Martin Bodmer, p. 26-29.

provenance

Ces lettres étaient dans la famille des comtes Foy dont le second comte Foy avait épousé l'arrière-petite-fille de Sophie d'Houdetot, la comtesse Germain de Montforton. Ces lettres sont toujours restées dans la famille et passèrent du dernier comte Foy, second mari d'Elvire Popesco, à l'actuelle propriétaire dont elle était la petite-fille. Cette dernière a souhaité en garder une, en souvenir. Il s'agit de la lettre du 14 octobre 1757 (reproduite à la p. 148 de Buffenoir). Ces lettres furent exposées pour la première fois dans le cadre de la grande exposition organisée à l'occasion du tricentenaire de Rousseau "Rousseau le mal-aimé 1712-2012" à la Fondation Martin Bodmer en Suisse, du 20 avril au 16 septembre 2012, p. 26-29.


*Merci de noter que le prix n'est pas recalculé à la valeur actuelle, mais se rapporte au prix final réel au moment où l'objet a été vendu.

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