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26 lettres autographes à l'impératrice catherine ii de russie  Ferney
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À propos de l'objet

24 lettres autographes et 2 en parties autographes (brouillons et minutes), dont 3 présentant des passages inédits, 7 signées "le vieil ermite" ou "le vieux malade de Ferney", et 5 signées "V", à l'encre noire, sur feuillets aux bords non rognés, avec plusieurs ajouts et corrections autographes (Ferney, 29 janvier 1768 - 24 janvier 1777, 60 p. in-folio ou grand in-4).\nL'importante correspondance entre le philosophe et l'impératrice débuta en 1765 et ne se termina qu'à la mort du premier en 1778. Voltaire vivait à Ferney, en Suisse, où il s'était retiré après s'être brouillé avec Frédéric II de Prusse, la France qu'il surnomme "la Welcherie" lui ayant refusé l'asile. Catherine II, quant à elle, s'attachait l'amitié de nombreux philosophes et écrivains des Lumières comme Diderot dont il sera question dans ces lettres.\nCet exceptionnel ensemble s'étend sur près d'une décennie entière. et est tout à fait représentatif de l'admiration que Voltaire portait au "génie tutélaire du nord" dont il flatte ici les nombreux talents et dont il approuve toutes les décisions, et plus particulièrement celles liées à la guerre que Catherine II mena contre la Turquie à partir de 1768. Mais bien d'autres sujets sont abordés, politiques, économiques, littéraires ou scientifiques, et l'on relèvera notamment les noms des princes Orloff, de Frédéric II de Prusse, du pape Clément XIV, de Diderot ou encore d'Alembert ...\nVoltaire célèbre donc les menées russes contre le sultan ottoman Mustapha III. Il raille à plusieurs reprises "le gros et ignorant Moustapha" et ses sujets : "Ces barbares méritent d'être punis par une héroïne du peu d'attention qu'ils ont eu jusqu'icy pour les dames. Il est clair que des gens qui négligent tous les beaux arts et qui enferment les dames, méritent d'être exterminés." Il ordonne au sultan de se prosterner devant l'impératrice : "Savez-vous seulement où était le paradis terrestre ? Moi je le scais. Il est partout où est Catherine Seconde. Prosternez-vous avec moi à ses pieds." Faisant appel à de grandes figures légendaires comme celles de Cyrus ou de Pierre le Grand, Voltaire se réjouit de toutes les victoires de celle "qui établit la tolérance et fait fleurir les arts", si bien servie par des généraux comme les princes Orloff. Il regrette que les autres nations n'admirent pas davantage la souveraine : "On est un peu Moustapha à Rome et en France. Je suis Catherin et je mourrai Catherin." S'étonnant "que les princes et les républiques de la relligion de Christ soufrent tranquilement les affronts que leurs ambassadeurs essuient à la Porte ottomane, eux qui sont souvent si pointilleux sur ce qu'on appelle le point d'honneur", il déplore le manque de hardiesse des Vénitiens, imagine les souveraines d'Autriche et de Russie faire abdiquer Constantinople, s'inquiète du sort de ses chers Grecs et espère voir bientôt Catherine II dominer la Méditerranée : "Votre entreprise sur la Grèce est sans contredit la plus belle manoeuvre qu'on ait faitte depuis deux mille ans mais il faut qu'elle réussisse pleinement : ce n'est pas quelle vous fasse un honneur infini. Où est le profit là est la gloire, disait notre roy Louis onze qui ne vous égalait en rien. Je donnerai tout ce que j'ay au monde pour voir votre majesté impériale sur le sopha de Moustapha" (4 juillet 1770).\nTrois ans plus tard, il écrit encore : "je ne croiais pas il y a un mois habiter encor ce globe que vous étonnez. Je rends grâce à la nature qui a peut-être voulu que je vécusse jusqu'au temps où vous serez établie dans la patrie d'Orphée et de Mars c'est-à-dire dans quelques mois. Mais ne me faittes pas attendre plus longtemps. Il faut absolument que je parte pour le néant. Je mourrai en vous conservant le culte que j'ai voué à votre majesté impériale" (20 avril 1773). L'année suivante, il espère que l'impératrice s'amusera à battre le nouveau sultan Achmet IV "ou que vous lui dicterés des conditions de paix telles que les anciens Romains en imposaient aux anciens rois de Sirie. Cependant chargée du poids immense de la guerre contre un vaste empire, et du gouvernement de votre empire encor plus vaste, voiant tout, faisant tout par vous-même, vous trouvez encore du temps pour converser avec notre philosophe Diderot comme si vous étiez désoeuvrée."\nMais outre ces commentaires sur la guerre, "très utile à un païs quand on la fait avec succès sur les frontières (...) Il ne faut jamais faire la guerre qu'avec l'extrême probabilité d'y gagner beaucoup", Voltaire donne également son avis sur bien d'autres événements français ou internationaux comme la pacification de la Pologne (divisée entre la Prusse, l'Autriche et la Russie malgré la Confédération de Bar en 1770) ; vantant à cette occasion les talents de législatrice de Catherine II : "Je plains baucoup plus l'anarchie polonaise que l'insolence ottomane. Touttes les deux sont dans la détresse qu'elles méritent. Vive le roy de la Chine qui fait des vers et qui est en paix avec tout le monde". Il parle également du gouvernement papal qu'il déteste : "je le trouve ridicule et abominable. Il a abruti et ensanglanté la moitié de l'Europe pendant trop de siècles. Mais le Ganganelli [le pape Clément XIV] qui règne aujourd'hui est un homme d'esprit qui sent apparemment combien il est honteux de laisser la ville de Constantin à des barbares ennemis de tous les arts, et qu'il faut préférer les Grecs quoyque schismatiques, à des mahométans", des défaites d'Ali Bey en Egypte qu'il déplore, de la dissolution des Parlements de Paris en janvier 1771 et autres "pauvretés welches [ce terme fut souvent utilisé par Voltaire pour désigner les Français]", du mariage du grand-duc Paul (futur Paul Ier) avec la fille du landgrave de Darmstadt en septembre 1773 et de l'aventure tentée par le cosaque Pougatchev [qui se fit passer pour le tsar Pierre III, époux de Catherine II qu'elle avait fait abdiquer en sa faveur].\nLa magnificence des fêtes données en l'honneur du prince Henri de Prusse à Saint-Pétersbourg est pour Voltaire l'occasion d'évoquer celles qui eurent lieu à Paris en mai 1770 pour le mariage du futur Louis XVI et de Marie-Antoinette et qui se clôturèrent par des incidents pyrotechniques : "Il n'y a pas un prodigieux effort de génie dans des bouts de chandelles et dans des fusées volantes, mais en récompense il y régnait tant d'ordre qu'il y eut plus de monde tué et blessé que vous n'en avez vu dans votre première victoire remportée sur les Turcs."\nOn relève à plusieurs reprises et tout au long de ces lettres les noms du diplomate François baron de Tott, du comte André Schouwalov ou des princes Orloff comme Alexis, véritable "ange consolateur".\nA l'automne 1770, d'Alembert séjourne à Ferney et Voltaire assure que celui-ci partage son enthousiasme pour les victoires de la Russie : "la seule différence est qu'il l'exprime mieux. Nous haïssons également Moustapha. Nous ne cherchons parmi les arbustes de nos montagnes que des lauriers pour en orner le portrait de votre majesté impériale. Mais nous n'en trouvons point. Tous les naturalistes disent qu'on n'en trouve plus qu'en Russie."\nEn août 1773, il parle de Diderot comme d'un homme unique et comme "le plus heureux des Français, puisqu'il va être à votre cour (...) Il est la seconde personne de ce monde avec qui j'aurais voulu m'entretenir : il me parlerait de votre majesté. Majesté ! Ce n'est pas cela que je veux dire; c'est de votre supériorité sur les êtres pensants : car je compte les autres êtres pour rien. Je vous demande donc madame votre protection auprès de lui. Ne peut-il pas se détourner d'une cinquantaine de verstes pour venir me prolonger la vie en me contant ce qu'il a vu et entendu à Petersbourg ?" (2 février 1774).\nParmi les nombreux sujets abordés par Voltaire, citons entre autres les travaux de l'Académie de Saint-Pétersbourg dont Voltaire est membre depuis 1746, une demande de consultation demandée au nom d'un ingénieur français "qui cherche à prévenir les ravages que font continuellement les eaux dans les branches de nos alpes" et qui lui est prétexte à s'extasier sur les connaissances de Catherine II ("Combien avez-vous donc de génies?"), le souhait renouvelé de recevoir des graines de cèdres et des réflexions à propos de squelettes d'éléphants et de rhinocéros trouvés en Sibérie : "je crois la nature capable de tout et il se pourait bien faire (en expliquant les choses respectueusement) que l'Adam des hébreux connu jadis d'eux seuls fut de très fraîche datte. Six mille ans sont en effet peu de chose."\nIl demande des informations sur un diamant que cherche à acquérir l'impératrice, sur une médaille offerte par Frédéric de Prusse. De son côté, il aimerait voir le commerce des montres fabriquées par sa petite colonie d'horlogers suisses, se développer avec la Chine par exemple.\nIl est bien évidemment aussi question de littérature et d'ouvrages divers, des siens comme de ceux de ses contemporains. Voltaire se montre curieux d'un auteur de comédies "dignes de Molière" selon Catherine II, et il se propose de traduire la pièce qui a tant plu à la tsarine. Il évoque le Voyage en Sibérie de l'abbé Chappe, De l'homme et des facultés, ouvrage posthume d'Helvetius dédié à Catherine II par le prince Gallitzin, un recueil des "sottises" de feu l'abbé Bazin, ou encore l'ouvrage de la tsarine elle-même, L'instruction donnée par Catherine II, qui a été refusé par la censure française, ce qui déclenche la colère de Voltaire contre la France surnommée une fois de plus "welcherie" : "comme si un polisson de Paris était juge des ordres d'une souveraine et de quelle souveraine (...) Et on n'aurait pas commis cette insolence imbécile dans l'empire de Moustapha, et je suis persuadé que Kien-long ferait mandarin du premier degré le lettré qui traduirait votre Instruction en bon chinois. Madame, il est vrai que je ne suis qu'à un mille de la frontière des Welches, mais je ne veux point mourir parmi eux." Citant deux maximes de cet ouvrage de Catherine II, Voltaire poursuit : "Sont-ce donc ces maximes divines que les Welches n'ont pas voulu recevoir ? Ils méritent ... ils méritent ... ils méritent ... tout ce qu'ils ont. Je demande pardon à votre majesté impériale, je suis trop en colère. Les vieillards doivent être moins impétueux. Si je vais me fâcher à la fois contre la Turquie et contre la Welcherie, cela est capable de suffoquer ce pauvre cacochime qui se met en toussant aux pieds de Votre Majesté impériale." Fidèle dans son admiration envers Catherine II, il compare ses talents de chef d'état à ceux d'un dramaturge : "Le dernier acte de votre grande tragédie paraît bien beau. Le théâtre ne sera pas ensanglanté, et la gloire fera le dénouement" (septembre 1772).\nQuant à ses propres ouvrages, il les envoie régulièrement à Catherine II, comme par exemple, son Epître au roi du Danemark sur la liberté de la presse, celle au Roi de Chine, l'empereur Kien-long qui se pique de poésie, ou encore les tomes IV et V des Questions sur l'Encyclopédie : "je ne puis m'empêcher d'y parler de temps en temps de mon gros Moustapha; et, tandis que vos braves troupes prennent des villes et chassent les janissaires, je prends la liberté de donner quelques croquignols à leur maître, en me couvrant de votre égide".\nLa dernière lettre de cet ensemble est peut-être la plus tendre et la plus libre de toutes. Voàltaire écrit à la "Minerve du Nord" pour se faire pardonner de n'avoir pas écrit depuis un an : "Votre sujet moitié suisse moitié Gaulois nommé Voltaire était prest de mourir il y a quelques jours. Son confesseur catholique apostolique romain, c'est-à-dire universel, coureur de Rome, vint me préparer au voiage. Le malade lui dit : mon révérend père, Dieu pourrait bien me damner ! (...) J'ay été comblé des bontés d'une autocratrice qui est une de ses plus belles images dans ce monde et je ne lui ai point écrit depuis plus d'un an. Qu'est-ce qu'une autocratrice ? me dit mon vilain. Eh pardieu ! lui dis-je c'est une impératrice (...) et cette impératrice fait du bien depuis le Kanshattka jusqu'en Afrique."
GB
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Voltaire


*Merci de noter que le prix n'est pas recalculé à la valeur actuelle, mais se rapporte au prix final réel au moment où l'objet a été vendu.

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